Timbre le plus célèbre (et le plus cher!) au monde

Pour une fois on parlera d’un autre timbre…

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« Un minuscule timbre octogonal datant du XIXe siècle, le One-Cent Magenta, a été vendu mardi 17 juin à New York pour 9,5 millions de dollars (7,01 millions d’euros) pulvérisant le précédent record pour un timbre aux enchères. Exemplaire unique, il avait été estimé à entre 10 et 20 millions de dollars par la maison d’enchères Sotheby’s. »

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/06/18/plus-de-7-millions-d-euros-debourses-pour-un-timbre-a-new-york_4440166_3222.html

Tout le monde en philatélie ou presque connait l’histoire maintes fois racontée de ce timbre. Elle est accessible sur wikipedia ici par exemple (en anglais) pour les néophytes, dans la presse spécialisée un peu partout ailleurs.

Ce qui me fait réagir à cette vente aujourd’hui, ce n’est pas tant la vente que la relation de celle ci faite par le monde dans son édition en ligne de ce matin. Et pour le commentaire :

Charele 18/06/2014 – 07h18 – Un bateau, quel bateau ? Besides, une telle transaction est simplement scandaleuse.

C’est vrai ça, où est le bateau sur cette reproduction dans la presse nationale : eh oui, on ne voit pas le bateau, et pour cause, le monde nous donne à voir le VERSO du timbre !

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Encore heureux qu’il soit à l’endroit… certains journaux le présentent tête en bas ! Du coup, très dur de voir le bateau imprimé de l’autre côté, et toute la vision est dissimulée par les cachets d’experts (http://postalmuseumblog.si.edu/2014/05/one-cent-magenta-from-british-guiana-visits-national-postal-museum.html).

Quant au scandale d’un tel prix… Certes, c’est immensément cher et c’est bien ça qui est retenu ici et ce n’est que cela, car en vrai, le peu de soin apporté à la reproduction (à l’envers, tête en bas etc) montre bien que ce qui attire le journaliste, c’est d’abord l’idée du prix, du choc que cela peut produire, de la connivence que cela peut créer avec le lecteur !

Ce n’est plus de l’information (où est le Guyana, qui étaient les collectionneurs – Ferrary (né Ferrari, filleul de Philippe d’Orléans, comte de Paris, légua sa collection à Berlin car c’était le seul musée postal existant à l’époque) mériterait bien quelques lignes,  – pourquoi est il resté unique…), c’est juste un scoop de plus. Mais sans doute ceci qui demande un peu de lecture, d’intérêt, de passion n’est pas dans l’air du temps, sans doute, il vaut mieux là aussi choquer le lecteur pour l’attirer (même sur internet) plutôt que de tenter d’enrayer sa disparition par des articles de meilleure qualité.

Un curieux usage : Telegraphie des deutschen Reichs 1923

Cachet télégraphique allemand Düsseldorf T.A. sur 1 fr Merson & 10 c et 25 c Semeuse ~ 2 septembre 1923

dusseldorf

Un témoin de l’occupation de la Ruhr par la France et la Belgique de 1923 à 1925

L’invasion de la Ruhr fut décidée par le président du Conseil français Raymond Poincaré, en accord avec le roi des Belges et les majorités parlementaires. Elle débuta le 11 janvier 1923 et avait pour objectif d’occuper les centres de production de charbon, de fer et d’acier situés dans la vallée de la Ruhr afin d’obtenir les montants dus par l’Allemagne dans le cadre des réparations de guerre dues après la Première Guerre mondiale, au titre du Traité de Versailles. En effet, à la fin du conflit mondial l’Allemagne avait été condamnée à payer de lourdes réparations et faute d’accord, un tarif douanier spécifique avait été imposé en Allemagne sous la surveillance de troupes françaises jusqu’en 1921. C’est le retour de ces troupes (40 000 puis 90 000 hommes) qui mena à la désobéissance civile.

Du côté allemand, cette opération suscita une vague de résistance passive, des mouvements de grève, des incidents et affrontements, et quelques actes de sabotage, qui furent exagérés par la suite par les nazis pour forger le mythe d’une large résistance armée. Face au désastre économique, le gouvernement du chancelier Gustav Stresemann appela, en septembre 1923, à l’arrêt des actions et au respect des obligations imposées par le traité de Versailles, puis proclama l’état d’urgence : l’agitation publique se transforma, en certains endroits du pays, en émeutes ou en tentatives de coup d’État contre la république de Weimar, comme le putsch de la Brasserie d’Hitler. Une république autonome du Rhin fut même proclamée à Aix-la-Chapelle en octobre 1923, ce qui aurait pu favoriser la politique franco-belge d’affaiblissement de l’Allemagne, mais cette initiative de groupes rhénans opposés à l’héritage prussien n’eut aucune suite car, aux yeux de la population allemande, elle paraissait aller dans le sens des intérêts étrangers.

Sur le plan international, l’occupation provoqua un tel sentiment de sympathie à l’égard de l’Allemagne, que la France et la Belgique confrontées à leurs difficultés économiques,  finirent par accepter les propositions du Plan Dawes et retirèrent leurs troupes en juillet et août 1925.

Origine de cet usage

Décret du 23 février 1923

Devant la désobéissance civile des cheminots et postiers allemands notamment, le Haut Commissariat français avait décidé de l’expulsion massive de ces personnels et de leur remplacement par du personnel franco-belge rattaché à l’Armée du Rhin. Le décret du 23 février 1923 fixant le statut du personnel des P.T.T. (civil, donc) mettait celui-ci à la disposition du général commandant en chef les forces alliées d’occupation pour renforcer le personnel permanent de la 50ème section de télégraphie militaire. La situation était devenue tellement chaotique que les civils français avaient été autorisés à utiliser le service postal militaire en mai 1923.

1923 ou l’hyperinflation

En 1923, l’inflation la plus sauvage de l’histoire fit rage. Souvent les prix doublaient en l’espace de quelques heures. Une course effrénée avait lieu pour acheter des biens et se débarrasser de la monnaie. A la fin de 1923, il fallait des millions de mark pour un simple timbre poste et 200 milliards de Marks pour acheter un simple pain.

En Rhénanie et dans la Ruhr, on rapporta une situation proche de l’anarchie, avec des combats entre fermiers et mineurs au chômage. Des hordes de gens mourant de faim vagabondaient. Des autorités régionales tentèrent de créer leur propre monnaie, menaçant le pays de dislocation… Et les tarifs postaux ont suivi l’inflation. Pour la seule année 1923, 18 tarifs vont se succéder avec une accélération le dernier trimestre (13 changements de tarif du 1er août au 31 décembre), avec un maximum en novembre (5 tarifs). Certains tarifs ne vont durer que quelques jours (4 pour le plus court le 1er novembre). Malgré un rythme de travail effréné, l’imprimerie officielle n’arrive plus à suivre et aura recours aux surcharges, aux paiements en numéraires, à des émissions locales, à des émissions privées officielles et même à la vente de timbres au quadruple de leur valeur faciale.

En Novembre 1923, une réforme monétaire fut entreprise. Une nouvelle banque, la Rentenbank fut créée pour émettre une nouvelle monnaie, le Rentenmark. Cette monnaie était échangeable contre des obligations supposément garanties par la terre et les entreprises industrielles. Un montant total de 2,4 milliards de Rentenmarks fut émis et chaque nouveau Rentenmark était évalué à 100 milliards de Marks papier anciens.

A partir de ce moment, la dépréciation stoppa, les Rentenmarks maintinrent leur valeur, l’inflation cessa. En août 1924, la réforme fut complétée par l’introduction d’un nouveau Reichsmark, égal en valeur au Rentenmark. Le Reichsmark avait une couverture de 30% en or. Il n’était pas convertible en or mais le gouvernement entrepris de le soutenir en achetant sur les marchés étrangers les montants nécessaires. De nouvelles taxes drastiques furent imposées  et une fois l’inflation terminée, les revenus provenant des impôts augmentèrent considérablement. En 1924-25, le gouvernement avait un budget excédentaire.

C’est donc dans ce cadre d’une administration des postes françaises pour l’armée du Rhin, épaulée par des personnels civils d’une part, et d’hyperinflation d’autre part, avec des usages de fortune, qu’il faut comprendre semble-t-il la démarche de la poste de Düsseldorf laquelle a donc utilisé des timbres français, mis à disposition par les armées d’occupation et le personnel civil déployé depuis le début de l’année 1923 pour annuler des affranchissements télégraphiques.

Bibliographie

http://fr.wikipedia.org/wiki/Occupation_de_la_Ruhr
http://jef.estel.pagesperso-orange.fr/rhenanie.swf
http://collections.conceptbb.com/t5146-timbres-francais-annules-en-allemagne

Cliquer pour accéder à note-exemples-allemagne-1923-copy.pdf

http://www.24hgold.com/francais/contributor.aspx?article=2338671310G10020&contributor=Michael+J.+Kosares.

Quand les prix baissent…

Décidément, j’aime beaucoup suivre certains prix pour certaines pièces… Preuve une fois de plus de la nécessaire méfiance qui doit accompagner l’acheteur que nous sommes. Cette fois-ce cependant, il ne s’agit de se questionner sur la véracité de l’objet mais sur son prix!

Ainsi, cette pièce :

Il y a un an elle était en vente 7500$.

Enfin je dirais, on peut voir un 25c bleu sur lettre de Castellorizo. Le certificat de Behr venant par ailleurs confirmer l’objet, pour une fois cela semble vrai! Son prix aussi semble « vrai » : 7500 dollars (soit près de 6000 euros).

http://www.ebay.com/itm/GREECE-FRANCE-CASTELLORIZO-1920-COVER-OF-overprint-RARE-Two-Certificates-/140958808862?pt=LH_DefaultDomain_0&hash=item20d1ccbb1e, page consultée le 19/04/13

Aujourd’hui, la même pièce est en vente… 5000 dollars. (http://www.ebay.fr/itm/GREECE-FRANCE-CASTELLORIZO-1920-COVER-OF-overprint-RARE-Two-Certificates-/141003547937?pt=LH_DefaultDomain_0&hash=item20d4776521) soit 33% de réduction!

Plus raisonnable dans son prix, mais tout aussi peu renseigné sur son origine, cette pièce ci :

castellorizo nouveau.pngLa date du bloc dateur (16 juillet 1920) correspond bien à la période d’existence du timbre, mais ce cachet… qui le retrouvera? En fait il s’agit d’un cachet qui a été apposé sur les feuilles « commémoratives », cachets que l’on reconnait facilement au bas de cette feuille-ci :

castellorizo feuille

Quelques images de piquages décalés et leurs prix

Récemment découvert sur des sites de ventes en ligne, toujours de très jolis piquages décalés… mais à quel prix? Comme on peut s’y attendre, un bloc de quatre se vend plus cher qu’une paire pour une variété similaire, sur un type identique. Toutefois, la différence n’est pas de 1 à 2 :

125 EUROS de prix de départ pour ce bloc.

pik1100 Euros pour cette paire 

pik2

Qu’en est il cependant d’un type beaucoup plus rare et d’une variété beaucoup moins commune ?

Par exemple cette paire : 60 euros alors qu’il s’agit d’un type 4 de carnet en paire verticale.

pki3On se dit alors que certains prix tiennent plus de la devinette au bout du nez que d’une réelle étude de marché.Il y a quelques temps, je m’effrayais d »‘un carnet fauté en vente pour 10000 euros. C’était il y a tout juste 2 ans : https://semeuse25cbleu.net/2011/03/30/la-plus-chere-des-mise-a-prix/

Le prix n’a pas changé, mais notre vendeur (s’il vend!) a « perdu » le coût de l’inflation, fût-elle modérée… et c’est là qu’à vouloir trop, on finit par ne rien avoir!

A propos du calendrier en vigueur dans les oblitérations de l’Empire Ottoman

Origine

Sous l’Empire Ottoman, c’est le calendrier religieux musulman qui était en usage. Les jours étaient comptés au sein de chaque cycle de phase lunaire. Or parce que la durée du mois lunaire n’est pas une fraction de la durée de l’année, un calendrier purement lunaire se décale rapidement par rapport aux saisons.

En 1677, le trésorier en chef (turc : Baş defterdar, ministre des finances) Hasan Pacha du Sultan Mehmed IV proposa de corriger les dates des dossiers financiers en supprimant un an (un an d’évasion) tous les 33 ans, résultant de la différence entre le calendrier musulman lunaire et le calendrier julien solaire.

En 1740 (1152 de l’Hégire) pendant le règne du Sultan Mahmud I, mars est adopté comme le premier mois de l’exercice pour le paiement des taxes et des relations d’affaires avec des représentants du gouvernement au lieu de Mouharram après proposition du trésorier Atıf Efendi.

Moralı Osman Efendi, sous le règne du Sultan Abdul Hamid I, étendit la gamme des applications fiscales en 1794 à toutes les dépenses de l’État et tous les paiements afin d’éviter les surplus de coûts découlant de la différence de temps entre les calendriers juliens et lunaires.

C’est ce calendrier julien, utilisé à partir de 1677 d’abord pour des raisons fiscales donc, qui a été adopté le 13 mars 1840 ( 1er mars 1256 de l’Hégire), dans le cadre des réformes du Tanzimat peu après l’accession au trône du Sultan Abdülmecid I, comme le calendrier officiel  et nommé «calendrier Rumi» (littéralement «calendrier romain»). Le décompte des ans commence avec l’année 622, quand Muhammad et ses disciples ont émigré de la Mecque à Médine, cet événement marquant le début du calendrier musulman. Les mois et les jours du calendrier julien ont été utilisés, l’année commençant en mars. Cependant, en 1256 de l’Hégire la différence entre le calendrier Hijri et calendriers grégoriens avait atteint 584 ans. Avec le passage du calendrier lunaire au calendrier solaire, la différence entre le calendrier Rumi et le calendrier grégorien est restée une constante 584 ans.

Afin de faciliter la conversion, la différence de treize jours entre le calendrier Rumi et le calendrier grégorien a été éliminée en février 1917. Le calendrier julien fut abandonné le 16 février 1332 de l’Hégire, laissant la différence de 584 ans. Ainsi, le 16 février 1332 de l’Hégire (16 février 1917) devient tout à coup le 1 mars 1333 de l’Hégire (1er mars 1917).

L’année 1333 de l’Hégire (1917) a été transformée en une année de seulement dix mois, allant du 1 mars au 31 décembre. Et le 1er Janvier 1334 AH est ainsi devenu 1er janvier 1918.  Le calendrier Rumi est resté en usage jusqu’à la dissolution de l’Empire Ottoman et dans les premières années de la République de Turquie.

L’utilisation de l’ère de l’Hégire a été abandonnée dans le cadre des réformes d’Atatürk par une loi du 26 décembre 1341 de l’Hégire (1925) et a été remplacée par l’ère nouvelle de 1926.

La langue sémitique/ottomane mixte (Teşrin-i Evvel, Teşrin-i Sânî) et les noms de (Kânûn-ı Evvel et Kânûn-ı Sânî) de langue ottomane de quatre mois du calendrier Rumi repris au calendrier grégorien turc, ont été modifiés le 10 janvier 1945 pour des noms de langue turque, Ekim, Kasim, Aralık et Ocak. Le 1 mars est resté le début de l’année jusqu’en 1981.

Conversion

Pour convertir des dates entre les deux calendriers, les périodes suivantes doivent être prises en considération :

1) Correction du début de l’année

Jusqu’à la fin de 1332 du calendrier rumi (1916), on remonte les derniers 12 ou 13 jours de décembre. Il en résulte que ces jours et janvier et février font partie de l’année suivante du calendrier grégorien (1917).

Inversement, et jusqu’à la même date, les dates grégoriennes de janvier, février et le premier 12 ou 13 jours de mars 1917 font partie de l’année précédente de Rumi, à savoir 1332.

2) Avant le 13 mars 1840, il n’y a pas de conversion, puisque le calendrier Rumi n’était pas en usage.

3) Entre le 13 mars 1840 (1 mars 1256 AH) et 13 mars 1900 (29 février 1315 AH)

Ajouter 12 jours et 584 ans pour trouver la date du calendrier grégorien.

NB : 1900 n’étant pas bissextile, le lendemain du 28 février 1900 (16 février 1315 AH) a été le 1er mars 1900 (17 février 1315 AH.)

Attention, la numération des mois a toujours une valeur 2 de décalage car l’année commence en mars. Ceci va durer jusqu’au 1er janvier 1918 : mars =01, avril = 02 etc, décembre = 10, janvier = 11, février = 12

 4) Entre le 14 mars 1900 (1 mars 1316 AH) et 28 février 1917 (15 février 1332 AH)

Ajouter 13 jours et 584 ans pour trouver la date du calendrier grégorien.

5) A compter du 1er mars 1917 (1 mars 1333 AH)

Ajouter 584 ans seulement

6) A partir du 1er janvier 1918

Après le 1er janvier 1918 due à l’utilisation du calendrier grégorien dans calendrier Rumi la date reste la même, seule l’année change. La date de la Proclamation de la République de Turquie, le 29 octobre 1923 est convertie en 29 octobre 1339 AH

Mois du calendrier rumi

Calendrier rumi

Comment lire une date ?

Le mode opératoire est en fait le même que pour les chiffres européens, appelés « chiffres arabes ».

chiffres arabes

Il est à remarquer qu’en arabe les chiffres représentant la plus grande valeur dans un nombre se trouvent à gauche, et la plus petite à droite, ceci bien que l’arabe soit lu de droite à gauche. Le nombre est en fait lu, en arabe, en commençant par la plus petite valeur.
Ainsi, la date du 23-11-1905, ci dessous est elle transcrite de droite à gauche 10-09-321, soit ١٠pour 10 puis ٩ pour 11 (mais c’est le neuvième mois d’une année commençant le 1er mars), enfin,٣٢١ pour 321 (de 1321). Ce qui donne bien 584 ans et 13 jours de décalage, avec une numération des mois où 9 correspond à 11.

date arabeOn le voit aussi très bien ici : la date très bien frappée du 9-7-21  est transcrite au 9-7-37 (1921-584 = 1337)

3-7-37

Résidence de France

Article retrouvé (20 ans) ici illustré

« L’histoire postale des origines »
LE MONDE DES PHlLATELISTES N°479-NOVEMBRE 1993 par Me Lucien Joffre

A juste titre, les plis revêtus de la célèbre marque postale  » Résidence de France République française – îles Kerguelen  » constituent les joyaux d’une collection des TAAF : ce sont les précurseurs de tous ceux qui agrémentent les albums des Kerguelen.

I1 s’agit de plis (correspondance commerciale ou personnelle des résidents) ayant circulé pendant la période où les frères Bossière, en vertu de la concession accordée par l’Etat, tenteront d’exploiter les ressources de l’archipel des Kerguelen. Deux types de cachet furent successivement utilisés :

La première empreinte (1909) est un cachet administratif illustré de la liberté assise au centre, avec la mention  » Résidence de France – îles Kerguelen  » . L’affranchissement est composé de timbres de France de l’époque (nos 107, l10, 120, 121, 134, 137 à 143).

résidence de france

cachet residenceL’empreinte ne comporte aucune mention de date, et c’est la raison pour laquelle il est nécessaire que ces plis portent (généralement au verso) un cachet d’arrivée ou, à la rigueur, de transit (Capetown-paquebot). Ce sont les plus rares.

La seconde empreinte, non illustrée, comporte au centre  » Résidence de France  » et la mention  » circulaire République française – îles des Kerguelen « . Elle fut utilisée de 1912 à 1925.

Les affranchissements sont constitués des mêmes timbres et, en outre, des nos 150, 158/9, 161 et 170. Pour les mêmes raisons, seuls sont à retenir les plis comportant un CAD d’arrivée (généralement Le Havre) ou de transit (Capetown-Bunburry ou Point Natal en Amérique du Sud), qui accréditent l’acheminement réel de la correspondance.

Castellorizo : lettre de 1920

Tout est dans le titre! Voici la lettre, livrée avec deux certificats d’authenticité d’experts internationalement reconnus.

Lettre castellorizoEnfin je dirais, on peut voir un 25c bleu sur lettre de Castellorizo. Le certificat de Behr venant par ailleurs confirmer l’objet, pour une fois cela semble vrai!

Son prix aussi semble « vrai » : 7500 dollars (soit près de 6000 euros).

Petite fabrique de faux sur Carte-Lettre de Syrie

Il y a quelques temps, sur un site généraliste de vente aux enchères en ligne, je repérais une carte-lettre de Syrie, deux en fait, les fameuses cartes surchargées 1 et 2 piastres sur 25 c bleu.

et

Voyant un prix bien faible, mon cœur ne fit qu’un tour et je m’évertuais à cliquer aussi promptement que possible pour cette enchère remarquable.

La carte lettre à  2 piastres contenait une variété (!) sans « S » à piastre : « 2 piastre », c’est possible, évidemment, mais ce n’était pas mentionné. Son prix étant déjà élevé, je me disais que de me concentrer sur la Carte-Lettre à 1 piastre serait pour cette fois bien suffisant, tout en me demandant qui pouvait bien être ce philatéliste qui se séparait de sa collection car ces deux pièces sont plutôt peu fréquentes.

Une nuit passait.

Le lendemain, je ne cessais de penser à la très bonne affaire en cours (il ne restait plus que quelques heures) lorsqu’un doute affreux s’est emparé de moi : je n’avais même pas vérifié les dates de ces cartes lettres.

Ce n’est pourtant pas très compliqué, mais la précipitation avait eu raison de moi. Bon, les dates? 101,103,104 et 105 pour le 1 piastre, 103 et 105 uniquement pour le 2 piastres.

Voyons « mon » enchère :

syrie fausse surcharge3Il n’est pas besoin de beaucoup de temps pour remarquer que la carte est datée 347. Il s’agit donc indubitablement d’un faux. En outre, comment quelque chose d’émis début 1923 pourrait il avoir été imprimé dans la 47ème semaine de 1923 (3 pour le millésime, 47 pour la semaine)? Par ailleurs cet objet semble avoir été « estimé » 5euros

Un tel faux est a priori connu, certes, mine de rien, il s’agit d’un faux.

J’envoie alors le courrier suivant :

[moi] :

Cher monsieur,

je viens de miser sur l’une de vos ventes. Pourtant juste après avoir enchéri, je me suis rendu compte que j’avais commis une erreur en observant attentivement les scans fournis et il me semble que l’objet en question n’est pas ce qu’il parait être. Plus précisément, cette surcharge ne peut exister sur une carte-lettre portant cette date. En conséquence je redoute qu’il ne s’agisse d’un faux (la lettre ne correspond pas à la date imprimée sur les lettres imprimées en Syrie). C’est pourquoi je demande, par ce message, la rétractation de mon enchère. D’avance merci.

Signature.

[réponse du vendeur] :

cher monsieur,
c’est militaire postal card issue pour Ain-Tab , Syria. s’il vous plait vois autre objet sold dans [mes autres ventes]. merci

[moi] :

cher monsieur,
je sais parfaitement de quoi il s’agit. Votre carte lettre surchargée de cette sorte doit correspondre à une date qui n’est pas celle imprimée sur la carte (on a ici 347, la date doit être 101 ou 103 ou 104 ou 105). Je pense qu’il s’agit d’un faux. C’est la raison pour laquelle je vous demande de retirer mon enchère.

Dear sir,
I perfectly know what it is. This card overprinted this way has to correspond to a date, which is not the one printed on the card (here 347, MUST BE 101 or 103 or 1014 or 105). I’m affraid it is a forgery. That’s the reason why I ask you to suppress my bid.

[vendeur]

as you like

Et la vente s’arrête là puisque mon enchère trop rapide est retirée. Encore une fois, cette date 347 est connue sur de tel cartes lettres et répertoriée comme faux. Mais je n’avais pas envie d’acheter un faux.

La vente s’arrête là, mais pas l’histoire.

Une semaine après en effet, le même vendeur met en vente une autre carte lettre. Toujours sur le 25c bleu, ce n’est plus la carte à 1 piastre, mais celle à deux piastres (sans faute cette fois!) toujours émise en Syrie :

syrie fausse surcharge 2Cette fois ci la date est bonne, la surcharge est bonne, le pointillage semble correct lui aussi. En fait tout est bon, sauf peut être la couleur. Mais il s’agit d’un scan : peut être l’image est elle mauvaise?

Je vais alors regarder les autres ventes de ce vendeur : UNIQUEMENT des timbres surchargés de Syrie ou du Grand Liban, ou des Alaouites etc : un spécialiste d’une zone et d’une histoire marquées par des milliers de faux en circulation, des oblitérations de complaisance sur courrier à l’époque et presque aucune fiche grand public pour discerner le vrai du faux la dedans !

Cette fois, là, je n’enchéris pas : au delà du fait que cet objet est beaucoup trop rare pour statistiquement se retrouver chez le même vendeur à quelques jours d’intervalle, le doute s’est installé, la confiance qui est la base de toute transaction a disparu, c’est fini.

Évidemment, certains ont cependant acheté des objets de cette nature : en lisant les commentaires des autres acheteurs, on voit qu’ils sont très satisfaits ; et en vrai, la majorité va préférer la politique de l’autruche plutôt que de faire face à la réalité : ils se sont fait avoir. Très satisfaits sauf deux qui n’hésitent pas à parler d’escroquerie.

Seul conseil : toujours, toujours être prudent et prendre son temps en philatélie.

Les timbres de France au Proche et Moyen Orient

Il y a déjà quelques temps, une très belle étude d’Histoire postale consacrée aux oblitérations sur Timbres français des BUREAUX FRANCAIS DE L’EMPIRE OTTOMAN entre 1854 et 1902 a été menée par M. Robert Desert. Elle est toujours disponible sur le site http://robert.desert.chez – alice.fr/, lequel site a obtenu le Prix « Internet 2001 » décerné en mars 2002 par l’Académie de Philatélie.

Il n’est pas question ici de reprendre cette étude. Mais de s’en inspirer pour établir quelques séries statistiques sur les timbres utilisés pendant la période postérieure, jusqu’à la fermeture des bureaux.

I – Le Levant, un territoire immense entre Europe et Orient

Les Bureaux de poste du Levant désignent un ensemble de services postaux opérés par la France dans diverses villes de l’Empire ottoman entre 1812 et 1923. Alors que l’étude que nous évoquons allait jusqu’en 1902, nous repartons de cette date, avec les premières semeuses (lignées) de 1903, puis celles de 1906 – 1907 (camées) comme support essentiel de notre étude. Celle-ci par ailleurs est basée sur nos observations issues des ventes sur offre, ventes en ligne (ebay.com, ebay.fr, delcampe.fr), sur notre collection personnelle. Au total nous ne réunissons pas autant d’oblitérations ou d’enveloppes que la première étude. Ce sont quand même 8609 objets que nous avons regardés.

On distingue toujours les bureaux de Grèce et de la mer Egée, ceux d’Anatolie, du Levant classique, d’Orient ou d’Egypte mais des précisions sont à apporter. Le Levant est divisé en zones bien spécifiques. Au nord de la zone d’occupation française à la fin de la Première Guerre mondiale s’étend la Cilicie. Au sud de cette zone, la Syrie, bientôt subdivisée entre territoire des Alaouites, Grand Liban et Syrie. Chaque territoire a reçu des timbres spécifiques, d’abord timbres de France surchargés puis des timbres locaux. Ainsi en est il de la Cilicie, mais aussi du Grand Liban, des Alaouites, de la Syrie. Au large, l’île de Castellorizo a elle aussi reçu pendant quelques mois des timbres spécifiques. En revanche, les autres territoires, des bureaux en fait fonctionnèrent avec soit des timbres de France, soit des timbres surchargés spécifiquement pour le Levant.

A ceci, il faut ajouter le bureau de Tanger, celui de Shanghai et celui de Pékin qui purent affranchir des timbres de France, ainsi que les trois bureaux d’Ethiopie. Ce fut le cas aussi sur les deux seuls bureaux d’Egypte encore en activité à ce moment là : Alexandrie et Port Said. Un tout dernier bureau enfin pouvait fonctionner, celui de Tripoli en Libye (on disait Barbarie alors), avec cette particularité qu’il relevait du tarif intérieur français.

En voici la liste, avec les dates de fermeture :

Bureaux rattachés à la Grèce

  • Thrace et Macédoine : Cavalle 1914, Dedeagh 1915, Salonique 1914, Salonique quartier – franc 1914
  • Iles de la Mer Egée (Crète et Samos) : Candie 1914, La Canée 1914, Rethymno 1914, Vathy 1914

Bureaux rattachés à l’Italie

  • Castellorizo – 1920, Rhodes 1914

Bureaux rattachés à la Turquie

  • Anatolie et mer Noire : Kerassunde – 1914, Mersina – 1914, Samsoun – 1914, Trébizonde – 1914
  • Cilicie
  • Asie mineure : Dardanelles – 1923, Smyrne – 1923
  • Turquie d’Europe : Constantinople – 1923 (Constantinople = 509, Constantinople galata = 506A, Constantinople pera = 506C, Constantinople stanbul = 506B)

Bureaux rattachés à la Syrie, au Grand Liban et au territoire des Alaouites

  • Alexandrette – 1914, Beyrouth – 1914, Jaffa – 1914, Jérusalem  – 1914, Lattaquié – 1914, Tripoli (Syrie) – 1914

Bureaux d’Egypte

  • Alexandrie – 1931, Port – Saïd – 1931

Autres bureaux

  • Chine : Pékin  – 1922, Shanghai  – 1922
  • Afrique du Nord : Tanger (Maroc)  – 1913, Tripoli (Barbarie / Libye)  – 1913

Comme on le voit, cinq bureaux ont eu une durée de vie plus longue : les bureaux d’Égypte ont fonctionné jusqu’en 1931, ceux de Constantinople, des Dardanelles et de Smyrne jusqu’en 1923. Un détail à signaler: concernant Tripoli de Barbarie, le courrier avec la France relève du tarif intérieur. Pour le reste, on est dans le cadre du tarif général de l’UPU de 1879, plus particulièrement celui de 1910 pour l’étranger. Ce tarif n’ayant été modifié qu’en 1921, une grande majorité des objets que nous avons vus relevait de ce tarif.

On a évoqué rapidement les trois bureaux qui ont existé en Éthiopie (Abyssinie) ; il s’agit d’Addis Abeba, de Dire-daoua, de Harar. Ces bureaux n’acceptaient pas la piastre. Trois timbres du Levant (spécifiques, ils sont sans surcharge en piastre : 25 c mouchon, 50c et 1fr Merson) y ont été utilisés entre 1906 et 1908.

II – Définition des vignettes d’affranchissement par bureau

a) les timbres du Levant

Les timbres utilisés sont d’abord ceux du Levant émis en remplacement des timbres de France utilisés jusqu’alors. Il s’agit des types Blanc, Mouchon, Merson, libellés « Levant ». Le 25 centimes bleu Mouchon et les plus fortes valeurs au type Merson ont été surchargées en piastres. Ces vignettes n’ont plus eu cours après 1914. D’autres en revanche ont été émises en 1921 avec la reprise du service dans les bureaux du Levant. Il s’agit de Semeuses camées et de Merson surchargés en piastres.

b) Les vignettes émises pour des territoires spécifiques

A côté de ces émissions, des émissions locales ont été aussi réalisées. Alexandrie, Cavalle, Crète, Dédéagh, Port Said reçurent des vignettes aux mêmes types. Et – à l’exception d’Alexandrie et de Port Said qui conservèrent leurs propres timbres jusqu’à leur fermeture – ils utilisèrent les timbres du Levant de la même façon.

Les bureaux français de Chine utilisèrent aussi jusqu’à leur fermeture en décembre 1922 les mêmes types de vignettes.

A partir de la Première Guerre mondiale et à cause de la redéfinition des territoires, des timbres nouveaux virent le jour. Il s’agit de Timbres de  France métropolitaine surchargés pour usage local.

  • Castellorizo a ainsi reçu 51 timbres en 1920 et 1921
  • La Cilicie, 25 timbres en 1920 (on a utilisé des timbres de Turquie surchargés en 1919, pour un total de 105 timbres !)
  • La Syrie, 158 timbres jusqu’en 1925
  • Le Grand Liban, 49 timbres en 1924-1925
  • Le territoires des Alaouites,  21 timbres en 1925, 45 jusqu’en 1929

c) les timbres de France métropolitaine

Tous ces bureaux purent en outre utiliser des timbres de France. Ainsi on trouve de 1902 à 1914 des types Blanc (à partir de 1902), Mouchon retouchés (1902-1903), Merson (à partir de 1902), Semeuses lignées (1906-1907), semeuses camées (à partir de 1907).

A partir de 1920/1921 les vignettes concernées sont moins nombreuses. On ne rencontre en effet guère plus que des semeuses camées et des timbres au type Merson.

Les vignettes les plus fréquemment utilisées sont bien évidemment celles qui correspondent au tarif n°1 de 1878 tel que définit en 1879 puis confirmé en 1907 et en 1910.

A savoir :

Lettre jusqu’à 15 grs (20 grs en 1910) : 25c (timbre bleu)

  • Mouchon bleu jusqu’en 1903
  • Semeuse lignée jusqu’en 1907
  • Semeuse camée depuis 1907

Cartes postales ordinaires : 10c (timbre rouge)

  • Mouchon bleu jusqu’en 1903
  • Semeuse lignée jusqu’en 1907
  • Semeuse camée depuis 1907

Assimilées aux imprimés (carte 5 mots, papiers d’affaire, échantillons) : 5c (timbre vert)

  • Blanc jusqu’en 1907
  • Semeuse camée à partir de 1907

III – Évolution des bureaux et nouvelle géopolitique au lendemain de la Première Guerre mondiale

a) moins de timbres en provenance de Grèce et de Turquie

Le tableau ci dessous nous montre la part de chaque bureau dans l’utilisation des timbres de France avant et après 1900.

On remarque une première évolution, liée aux modifications politiques de l’immédiat après guerre : les bureaux de Grèce ont perdu de leur importance, ceux de Turquie aussi, y compris Constantinople/Istanbul et Smyrne. Ces deux bureaux cependant gardent une belle  activité globalement, mais cela est lié à leur durée d’ouverture, jusqu’en 1923 (Constantinople, 11%, Smyrne, 6,10%). Cette tendance nouvelle n’est pas sans fondement. D’une part la Grèce est devenue totalement indépendante, qui plus est dans le camp des vainqueurs. Les îles de la Mer Egée lui reviennent (Crète, Lesbos, Samos par exemple), ainsi que de nombreux territoires continentaux.

Répartition selon les bureauxEn face de cela, la naissance de la jeune Turquie s’accompagne de modifications radicales en Anatolie. A la tête du pays, Mustapha Kemal rassemble en effet des morceaux de territoires, sur les ruines de l’Empire ottoman, face à la France, à l’Italie, à la Russie, au Royaume Uni. Cette nouvelle entité territoriale fut une première fois définie au traité de Sèvres de 1920. La France et le Royaume Uni, suivant l’accord de 1916 se sont partagé le Proche et Moyen  Orient. La France a reçu ainsi mandat de la SDN en Syrie et au nord en Cilicie (ancienne Arménie), le Royaume Uni sur la Palestine et l’Irak. La Turquie a aussi dû abandonner des îles du Dodécanèse à l’Italie (Rhodes, Castellorizo…) ou à la Grèce. Plus tard la Turquie a revu une partie de sa frontière avec à la Russie mais aussi au sud de l’Anatolie avec le France en reprenant la Cilicie (conférence de Londres de 1922, traité de Lausanne de 1923) en échange d’un regard bienveillant sur les territoires au sud de ce territoire : Alaouites, Liban, Syrie.

Au final et pour ce qui nous concerne, aucun bureau français ne fut plus en activité après la guerre sur les territoires de Grèce, le bureau de Castellorizo a fonctionné quelques mois avant que l’île ne soit cédée aux italiens, les bureaux de Turquie (intérieur, cote de la Mer Noire) n’ont pas été réouverts après la guerre. En revanche les bureaux de Cilicie (Adana, Mersine) ont existé jusqu’à la rétrocession par la France à la Turquie de ce territoire dès 1920. De la même façon, l’occupation de Constantinople/Istanbul a-t-elle mené à la réouverture de ce bureau (et de celui de Smyrne sur la cote asiatique) jusqu’en 1923.

C’est donc toute une géographie nouvelle qu’on doit avoir en tête, le temps des échelles du Levant étant bel et bien terminé.

b) le développement des autres bureaux témoigne de flux différents vers l’Afrique ou l’Asie

Les bureaux de Syrie sous mandat français ou de Palestine sont devenus plus directement actifs, c’est la cas à Alexandrette-Alep (7,66%),  Beyrouth (13,5%), Jaffa (3,65%) ou Jérusalem (3,28%) mais aussi et surtout à Alexandrie (26,64%) ou encore Port Said (10,58%). Ces deux villes offrent en effet une double particularité : après la baisse d’activité enregistrée à Istanbul, Alexandrie a concentré l’essentiel des activités commerciales en Orient, dans une zone très ouverte sur la Méditerranée et le Proche et Moyen Orient, politiquement assez stable.

Port Said, de par sa position sur le canal de Suez, était sur la ligne maritime reliant l’Europe à l’Afrique australe d’une part (et vers ou en provenance de l’île de la Réunion), à l’Asie orientale d’autre part (vers ou en provenance de Yokohama).

c) les vignettes ne sont pas utilisées de la même façon

Nous avons retenu dans notre étude les timbres oblitérés, détachés ou sur lettre. Les types de timbres utilisés sont là aussi très variables d’un bureau à l’autre :

Delcampe totalOn a ici dans notre tableau pris les timbres de France en général (types Sage en usage tardif, types Blanc, Mouchon, semeuses lignées, semeuses camées, types Merson) mais aussi les timbres du Levant, éventuellement avec les mêmes types. Sans surprise, les vignettes au type semeuse sont minoritaires (7 années d’utilisation seulement pour l’immense majorité des bureaux) et peu utilisées face aux timbres du Levant. Seuls les territoires avec timbres spécifiques voient ils le nombre de semeuses croitre un peu. A noter que la mise à disposition de timbres locaux (Cilicie, Syrie, Grand Liban, Alaouites, Castellorizo, voire Levant) permet une utilisation plus intense sur la période d’utilisation, mais ne provoque pas d’affluence sur le long terme.

Ces mêmes données sont encore affinités en ne tenant plus compte pour la rubrique « timbres de France » que des timbres disponibles réellement : les timbres du Levant sont ici les « timbres de France » en jaune, les semeuses camées apparaissent en rouge, dont le 25c bleu en bleu. Ce timbre est pris isolément, d’une part à la suite d’une étude monographique que nous avons menée par ailleurs, d’autre part parce qu’il correspond au tarif général de la lettre (affranchissement à 25c) et à celui de la recommandation (taxe à 25c) et qu’on devrait donc le trouver assez fréquemment.

Or les remarques précédentes sont encore plus visibles, les semeuses camées restent bien minoritaires. Mais celles-ci ne sont pas utilisées selon les mêmes fréquences que les autres vignettes. Cette fois, on constate une nette préférence pour les timbres de Syrie, de Cilicie, de Castellorizo. Là aussi les bureaux d’Alexandrie et de Port Said sont ils parmi les plus actifs.

Répartition correcte France semeuse 25c bleuAu total sur 8609 objets, 45 étaient des semeuses camées et 7 des 25c bleus. Ceci ne va pas sans poser des questions.

Le tarif de la lettre avant 1914 est celui du tarif général de 1910, reprenant celui de l’UPU de 1879, soit 25c. La carte postale est alors à 10c et les imprimés à 5c. Pour ce tarif de la lettre à 25c, on attend un 25c bleu. C’est le type Mouchon retouché spécifique du Levant qui a été utilisé le plus souvent.

Les semeuses au Moyen Orient sont donc peu nombreuses sur lettre. Mais on en rencontre malgré tout dans les bureaux suivants (valeurs exprimées en pourcentage) :

Alexandrette  12,50
Alexandrie  13,75
Beyrouth  5,00
Constantinople  11,25
La Canée  1,25
Lattaquié  1,25
Mersine  1,25
Port-Saïd  40,00
Smyrne  3,75
Tripoli – Barbarie  7,50
Tripoli – Syrie   2,50

 Les autres bureaux (non mentionnés ci dessus) ne le sont pas, soit qu’on n’a vu aucune semeuse dans ces bureaux, soit une seule, nombre non significatif.

Consécutivement si une lettre de port Said est déjà peu commune, qu’en est il d’une lettre d’un bureau fermé avant 1914 ? Qu’en est il d’un courrier de Castellorizo, timbre ayant été émis à 500 exemplaires ?

Timbre à 5 centimes

Le 5c blanc VERT est en usage partout, sous sa forme du Levant ou sous une autre (Alexandrie, Port Said, Dedeagh, Cavalle, Crète, Chine, Castellorizo).  C’est ce timbre qu’on rencontre le plus.

La semeuse camée à 5 c VERT arrive ensuite, sous sa forme utilisée en Cilicie, en Syrie, à Castellorizo. La semeuse camée métropolitaine est plus rare.

Aux Alaouites et au Grand Liban, c’est toutefois le 5c JAUNE qui est en usage en 1924 1925, pour autant cela reste bien peu commun.

Son usage le plus fréquent a été celui des imprimés pour l’étranger (à destination de la France, par exemple) et assimilés (dont Carte Postale de 5 mots). Il est alors VERT.

Timbre à 10 centimes

Le 10 c ROSE du Levant est en usage partout – type Mouchon (Alexandrie, Port Said, Dedeagh, Cavalle, Crète, Chine, Castellorizo). La semeuse lignée a théoriquement pu être utilisée. A partir de 1907 et jusqu’en 1914 la semeuse camée est parfois utilisée mais cela reste plutôt rare.

A partir de 1921 les timbres du Levant et les surcharges spécifiques sont en concurrence, les changements rapides de tarifs permettant bien plus souvent l’usage des timbres spécifiques plutôt que ceux du Levant ou de métropole. Cette fois le 10c n’est plus rose (Mouchon du levant) ni ROUGE (semeuse camée), mais VERT (semeuse camée ou pasteur)

Son usage le plus fréquent a été celui de la Carte postale ordinaire pour l’étranger, timbre ROUGE. Puis de la Carte postale pour l’intérieur à partir de 1910, devenu carte postale 5 mots pour l’intérieur en 1917.

A partir de 1920 il n’est plus utilisé, sauf en Syrie, Alaouites et Grand Liban de nouveau à partir de 1924 sur le CPI 5 mots (il est alors devenu vert)

Timbre à 15 centimes

Utilisé comme valeur d’appoint le plus souvent ce timbre à 15 c est vraiment peu fréquent. On le trouve seul au tout début de notre période pour les lettres simples pour l’intérieur (tarif de 1878 : LSI = 15c) En 1906 néanmoins il se retrouve presque sans usage (baisse de tarif, LSI = 10c).

C’est le 15 c semeuse lignée vert qui devient alors le plus fréquent des 15c, sous sa forme métropolitaine ou locale. Pour autant au retour des bureaux en 1920-1920, ce timbre ce retrouve comme valeur d’appoint uniquement. En 1924 en Syrie, Alaouites et Grand Liban la carte postale passe à 15c (0,75 piastre), mais c’est le type Pasteur qui est alors prioritairement utilisé.

Timbre à 25 centimes

C’est de loin la vignette la plus courante. Elle est bleue, et sous sa forme Mouchon du Levant, utilisée absolument partout. A partir de 1907, ce Mouchon entre en concurrence avec la semeuse camée et le restera jusqu’à la fin des bureaux d’Orient.

Jusqu’en 1914, c’est le timbre de la lettre pour l’étranger et de la taxe de recommandation.

En 1920-1921, il devient le timbre de la lettre pour l’intérieur, et en paire il correspond au tarif de la lettre pour l’étranger et encore une fois de la taxe de recommandation que cela soit sous sa forme locale (surcharges de Syrie, Alaouites, Grand Liban, Cilicie, Castellorizo) soit sous sa forme métropolitaine. Ceci en fait et de très loin la plus fréquente des semeuses, même si l’usage du timbre de la métropole reste assez rare :

usages timbres spécifiques

Ceci est lié à deux choses : d’une part les bureaux ont fermé avant l’émission de la vignette  semeuse spécifique du levant surchargeant le 25c bleu pour remplacer le Mouchon, d’autre part, il faut une raréfaction de ce timbre du levant pour qu’on utilise le timbre français (semeuse camée). Ailleurs, il faut en fait un timbre local spécifique (Castellorizo, Cilicie, Syrie Grand Liban Alaouites) pour voir apparaître les semeuses camées de métropole.

Utilisation en Orient – tentative de synthèse

Synthèse des affranchissements possibles sur un 25c bleu semeuse camée en Orient, selon les territoires, bureaux du Levant, territoires spécifiques, et les tarifs en vigueur (classification établie de manière chronologique).

I – Bureaux de Grèce et de la mer Egée pour les timbres de France puis les vignettes spécifiques de Castellorizo

Bureaux de l’Empire ottoman en Grèce et en mer Égée : pas de vignettes spécifiques

Tarif du 1er mai 1910

  • Affranchissement à 25 centimes (x 1) : Lettre 1er échelon
  • Affranchissement à 50 centimes (x 2) : Lettre recommandée

Tarif du 1er avril 1921

  • Affranchissement à 50 centimes (x 2) : Lettre 1er échelon
  • Affranchissement à 75 centimes (x 3) : Lettre 2ème échelon
  • Affranchissement à 1 franc (x 4) : Lettre recommandée

Tarif du 1er juin 1921

    • Affranchissement à 75 centimes (x 3) : Lettre 1er échelon, Taxe de recommandation
    • Affranchissement à 1,50 centimes (x 6) : Lettre 1er échelon recommandée

Les tarifs postérieurs (1924 et suivants) n’ont pas été retenus puisque le bureau de Smyrne a fermé définitivement en juin 1923, tout comme le bureau des Dardanelles, les bureaux de Constantinople en septembre 1923 et Rhodes le 1er septembre 1924.

Bureaux ayant pu utiliser des 25c bleu – date de fermeture

  • Cavalle 1914
  • Candie 1914
  • Dedeagh 1915
  • La Canée 1914
  • Rethymno  1914
  • Rhodes  1924
  • Salonique 1914
  • Salonique quartier-franc 1914
  • Vathy août 1914

Castellorizo : 2 vignettes

  • Yv n° 31 (25c)
  • Yv n° 40 (25c)

Tarif unique du 1er mai 1910

  • Affranchissement à 25 centimes (x 1) : Lettre 1er échelon
  • Affranchissement à 50 centimes (x 2) : Lettre recommandée

II – Bureaux de l’Empire ottoman : Levant et Orient

  • Alexandrette-1914
  • Beyrouth-1914
  • Constantinople-1923
    1. Constantinople = 509
    2. Constantinople galata = 506 A
    3. Constantinople stanbul  = 506 B
    4. Constantinople pera = 506 C
  • Dardanelles-1923
  • Jaffa-1914
  • Jérusalem – 1914
  • Kerassunde-1914
  • Lattaquié-1914
  • Mersina-1914
  • Pékin – 1922
  • Samsoun-1914
  • Shanghai – 1922
  • Smyrne-1923
  • Tanger (Maroc) – 1913
  • Tripoli (Barbarie / Libye) – 1913 le courrier avec la France relève du tarif intérieur
  • Trébizonde-1914
  • Tripoli (Syrie)-1914

Tarif général du Levant : une unique vignette

  • Yv n° 32 (3 piastres 30 paras)

Tarif du 1er mai 1910

  • Affranchissement à 25 centimes (x 1) : Lettre 1er échelon
  • Affranchissement à 50 centimes (x 2) : Lettre recommandée

Tarif du 1er avril 1921

  • Affranchissement à 50 centimes (x 2) : Lettre 1er échelon
  • Affranchissement à 75 centimes (x 3) : Lettre 2ème échelon
  • Affranchissement à 1 franc (x 4) : Lettre 3ème échelon, Lettre recommandée 1er échelon

Tarif du 1er juin 1921

  • Affranchissement à 75 centimes (x 3) : Lettre 1er échelon, Taxe de recommandation
  • Affranchissement à 1,50 centimes (x 6) : Lettre 1er échelon recommandée

Tarif du 1er août 1921

a) période du 1er août à décembre 1921 (poste militaire)

  • Affranchissement à 7 piastres 20 paras (x 2) : Lettre 1er échelon, Taxe de recommandation
  • Affranchissement à 15 piastres  (x 4) : Lettre 1er échelon Recommandée

b) période du 1er janvier 1922 à juillet 1923 (poste civile)

  • Affranchissement à 7 piastres 20 paras (x 2) : Lettre 1er échelon, Taxe de recommandation
  • Affranchissement à 15 piastres  (x 4) : Lettre 1er échelon Recommandée

III – Bureaux de l’Empire Ottoman : Cilicie

Cilicie : 2 vignettes (sur trois disponibles)

  • Yv n° 83 (1 piastre)
  • Yv n° 92 (1 piastre)
  • Yv n° 101, « sand est » n’a pas pu être utilisé.

(1 piastre = 40 paras = 10 millièmes)

Tarif du 1er janvier 1920 pour l’intérieur

  • Affranchissement à 4 piastres (x 4) : Lettre 3ème  échelon

Tarif du 1er janvier 1920 pour l’étranger

  • Affranchissement à 5 piastres (x 5) : CP recommandée
  • Affranchissement à 7 piastres (x 7) : Lettre Recommandée
  • Affranchissement à 8 piastres (x 8) : Lettre 3ème  échelon

Tarif du 1er juin 1921 pour l’étranger

  • Affranchissement à 3 piastres (x 3) : CP ordinaire
  • Affranchissement à 5 piastres (x 5) : Lettre simple, Taxe de recommandation, Avis de réception
  • Affranchissement à 10 piastres (x 10) : Lettre Recommandée

IV – Bureaux de l’Empire Ottoman : Syrie, Alaouites, Grand Liban

Syrie : neuf vignettes

  • Yv n° 7 (25c)
  • Yv n° 37 (2 piastres)
  • Yv n° 38 (3 piastres)
  • Yv n°51R (2 piastres)
  • Yv n° 51N (2 piastres)
  • Yv n° 61 (1,25 piastre)
  • Yv n° 93 (1,25 piastre)
  • Yv n° 110 (1,25 piastre)
  • Yv n° 131 (1,25 piastre)

Grand Liban : deux vignettes

  • Yv n° 6 (1,25 piastre)
  • Yv n° 27 (1,25 piastre)

Alaouites : un timbre

  • Yv n° 5 (1,25 piastre)

1) pour l’intérieur

Tarif du 1er mai 1920 (3 piastres)

  • Affranchissement à 3 piastres (x 1) : Taxe de recommandation

Tarif du 1er juin 1920 (2 piastres)

  • Affranchissement à 2 piastres (x 1) : Taxe de recommandation, Avis de réception

Tarif du 15 mai 1921 (2 piastres)

  • Affranchissement à 2 piastres (x 1) : Echantillon 1er, Papiers d’affaire < 50 grs, Lettre simple, Carte postale ordinaire, Taxe de recommandation, Avis de réception
  • Affranchissement à 4 piastres (x 2) : Lettre 3ème  échelon, Lettre recommandée

Nota : la surcharge à 1 p 25 n’avait aucune utilité dans le tarif intérieur.

2) pour l’étranger

Tarif du 1er mai 1920 (3 piastres)

  • Affranchissement à 3 piastres (x 1) : Lettre simple pour l’étranger, Taxe de recommandation

Tarif du 1er juin 1920 (2 piastres)

  • Affranchissement à 2 piastres (x 1) : Lettre simple pour l’étranger, Taxe de recommandation, Avis de réception, Papiers d’affaire < 100 grs
  • Affranchissement à 4 piastres (x 2) : Lettre Recommandée pour l’étranger

Tarif du 15 mai 1921

(2 piastres)
  • Affranchissement à 6 piastres (x 3) : Lettre 3ème  échelon, Lettre recommandée
(1,25 piastre)
  • Affranchissement à 2,5 piastres (x 2) : Carte postale ordinaire

Tarif du 1 novembre 1922

(2 piastres)
  • Affranchissement à 4 piastres (x 2) : Lettre 2ème échelon
 (1,25 piastre)
  • Affranchissement à 2,5 piastres (x 2) : Lettre 1er échelon pour l’étranger, Taxe de recommandation

V – Bureaux français en Égypte

Bureaux d’Alexandrie et de Port-Saïd : pas de vignettes spécifiques