Premières machines à oblitérer : Daguin, Bickerdyke, Flier, Chambon

La réforme postale de 1876 fut accompagnée par une augmentation rapide du volume du courrier. Dès cette époque l’administration chercha à faciliter et accélérer l’annulation des timbres poste. La première machine, bien connue des philatéliste, est la machine Daguin, du nom du postier inventeur du concept par association de deux cachets dateurs, l’un annulant le timbre, l’autre servant de cachet témoin, le tout breveté en 1882.

Après bien des péripéties, « elle a été mise en service en 1884 (probablement au mois d’août), après avoir été soumise à des essais à la Recette Principale de la Seine au cours du premier semestre 1884 et peut-être même, avant d’heureux perfectionnements, dès 1882. » ( Dr Goubin Le Bulletin Philatélique du Midi, n° 253) cité par http://aremorica.free.fr/divers/daguin/index.php)

On parle alors de Daguin jumelées et ces empreintes . En 1924, on remplaça l’un des deux dateurs par une marque spécifique, ce qui permit de frapper en même temps une couronne ordinaire de timbre à date et un cadre contenant un texte ou une illustration. Même si le rendement n’était que de 3000 lettres à l’heure, cette machine a connu un vif succès et de nombreuses variétés : Daguin illustrée, non illustrée, Daguin ornée (avec une flamme décorée), Daguin ondulée, avec flamme à droite ou à gauche, et même verticale pour Orléans ! cette machine est restée en service jusqu’en 1991 et n’a connu de réelle modification qu’en 1947 quand le millésime a été écrit en quatre chiffres et non plus en deux seulement.

daguin bourboule

La Bourboule, Puy de Dôme, cachet Daguin 21 novembre 1924

Une machine canadienne électrique Bickerdyke produite par la Canadian postal supply company fut testée en décembre 1898 jusqu’à février 1899 à la poste de la rue du Louvre. Quelques courriers ont circulé dès cette époque, ils sont tous ou presque adressés à M. Maury, négociant en timbres poste. En revanche, la machine fut utilisée de 1900 à 1906 dans cinq bureaux parisiens. Son oblitération caractéristique en forme de drapeau – oriflamme aurait donné naissance au terme Flamme. Bien évidemment son moment d’utilisation est incompatible avec les dates du 25c bleu et on ne le cite que parce qu’elle a inspiré la machine suivante.

Cette autre machine américaine, nommée Flier et produite par l’International postal supply company, fut mise en service en 1904 dans les bureaux importants. Cette machine a d’abord annulé les correspondances avec la flamme drapeau puis l’on remplaça le drapeau par des flammes constituées de 7 lignes ondulées ou constituées d’un texte ou d’une illustration encadrée.

flier toulonToulon flamme flier, 29 mars 1921

Dans un double cercle plein (normalement, mais on trouve quelques cachets avec un seul cercle, très semblable aux empreintes SECAP), on trouve dans la couronne en haut le nom de la ville et en bas celui du département en toutes lettres et au centre un bloc dateur en lettres bâtons, un mois en chiffres romains avec une heure de levée sous la forme HH MM. Très efficace, elle traitait jusqu’à 30000 lettres à l’heure.

PARIS SAINT ROCH, 12 XI 1925, avec flamme de l’exposition internationale.

 

Parallèlement, d’autres machines furent testées.

La machine a oblitérer Krag d’origine norvégienne fut construite par la société Krag Maskin Fabrik A/S d’Oslo. C’était une machine à oblitérer à manivelle et après un essai en 1906, elle fut admise par l’administration en 1907. La Machine à oblitérer Krag oblitérait jusqu’à 18000 lettres par heure grâce à un rouleau qui laissait une empreinte sans fin faisant alterner timbre à date et lignes continues (7 lignes droites).

krag paris

Paris, machine KRAG de première génération (machines utilisées de 1907 à 1950), 25 juin 1912

La même machine, dès 1907 a produit aussi des oblitérations en 4 lignes seulement (au lieu de 7).

krag 4 lignes paris

Paris, machine KRAG de première génération (machines utilisées de 1907 à 1950), 29 août 1921

En mars 1911 l’administration des postes mit ainsi en service une machine conçue par l’ingénieur Chambon, originaire de Lausanne (Suisse). La machine produisant des timbres à date ressemblant beaucoup aux timbres à date suisse de l’époque, la marque postale obtenue a été nommée Cachet International. Ces machines furent très peu utilisées, sans doute comme machines supplémentaires dans une trentaine de bureaux de poste, dont treize bureaux parisiens souvent pour traiter le courrier de fin d’année.

L’empreinte est composée de sept lignes droites étroites, elles mêmes composées de treize tirets comprises entre deux blocs dateurs à double cercle à pont verticaux, les deux demi cercles formés par les ponts étant hachurés.Pour les marque d’arrivée ou de transit, les lignes sont absentes et seuls les blocs dateurs sont visibles.

Ces machines furent réformées en 1915, puis réutilisées très ponctuellement pendant une très courte période entre 1919 et 1921, comme par exemple à Rennes en 1919 ou Dijon Gare en 1921. Notons pour finir que Lyon eut deux machines (Lyon et Lyon Terreaux) et que trois bureaux parisiens l’utilisèrent pour leurs recommandés (Paris 22, 83, 111).

Paris 20, 10 juillet 1913, 200 rue des Pyrénées.

La lecture se fait verticalement :

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L’American Field Service et la Réserve Mallet

Dès les premiers mois de la Première Guerre mondiale, des comités américains se formèrent pour encourager les jeunes américains à venir soutenir la mobilisation américaine en France et s’engager dans des missions humanitaires, principalement pour porter assistance aux blessés. Les premières unités d’ambulances furent créées près du front et formèrent l’American Ambulance Field Service ou Service aux Armées de l’Ambulance Américaine en avril 1915 par A. Piatt Andrew.

Trente-trois sections sanitaires (SSU) de l’AFS furent détachées auprès de l’Armée Française sur tous les théâtres d’opérations en France et dans l’Armée d’Orient.

Après l’entrée en guerre des États-Unis en avril 1917 et lorsque les régiments américains devinrent opérationnels fin 1917, début 1918, les SSU passèrent sous l’autorité de l’Armée américaine tout en demeurant détachés auprès de l’Armée Française. A l’initiative du Haut Commandement Français, fut alors organisée la Réserve Mallet, service de transports de camions militaires français, conduits par des bénévoles américains.

La réserve Mallet fut ainsi nommée parce que sous les ordres du capitaine de cavalerie Mallet et parce qu’elle n’était attachée à aucun corps d’armée, mais maintenue en réserve pour le service de transport d’urgence.

Reserve mallet.png.jpg

Grand Cahet de la RESERVE MALLET / CENTRE AMERICAIN
Trésor et Postes 89, 17 août 1917, Section TM 537, Convois automobiles par le BCM de Paris pour Peoria, Illinois

Bloom, l’expéditeur de la lettre fut l’un des douze premiers ambulanciers américains.

Nota : une section TM est généralement composée d’une voiture légère, de vingt camions, d’un camion-atelier et d’une motocyclette.

Chronologie simplifiée de la réserve Mallet

  • 8 mai 1917 première section de transport à rejoindre le front
  • 1 octobre 1917 sections de transport prises en charge par l’armée américaine
  • 28 octobre 1917 bataille de Malmaison sur le Chemin des Dames
  • 21 novembre 1917 convoi à Montdidier en soutien de l’offensive britannique sur Cambrai
  • 25 mars 1918 retraite du siège de Soissons
  • 29 mai 1918 retraite de Chavigny
  • 19 octobre 1918 engagement dans la bataille de Champagne
  • 11 novembre 1918 armistice
  • 28 novembre 1918 départ du commandant Mallet
  • Courant 1919 (avril ?), retour aux Etats Unis

Voir : Armées américaines en France

Bureau français à l’étranger : Mersine

Mersina (en turc « Mersin ») est l’ancienne ville romaine de Pompeipolis, port méditerranéen de la ville de Soloi, site  occupé sans doute depuis le 13ème siècle avant notre ère.
Au XIX° siècle, la compagnie des Messageries Maritimes choisit ce port, devenu un centre assez important, pour y établir une escale sur la ligne de paquebots reliant Alexandrie à Constantinople.

Un bureau de distribution fut ouvert à la fin du mois d’août 1852. Il était géré par des agents de la « Compagnie des Messageries maritimes » (comme Cavalle – Dedeagh – Port-Lagos et Vathy) mais fut converti en bureau de recette (et donc autorisé à effectuer toutes les opérations postales, y compris émission et paiement de tous mandats, quelle que soit la somme envoyée ou reçue) aux environs de 1891. Redevenu, bureau de distribution en 1911, il fut fermé en août 1914 mais la marine française y conserva une base jusqu’en 1923.

Mersina, Turquie d’Asie 29 mars 1910 pour Toulouse

École d’aviation de Villesauvage

En 1909 fut ouvert un centre d’aviation à Villesauvage qui devint ensuite le Centre d’aviation militaire d’Etampes – Montdésir. Initialement, le site regroupait quatre écoles d’aviation civile de constructeurs. La première école de pilotage construite sur le site de « Villesauvage » fut fondée en mars – avril 1910 par Louis Blériot. En juin 1910, les écoles des frères Farman s’installèrent sur le site puis vers 1912 l’école Deperdussin. En 1914, les constructeurs Blériot et Farman se déplacèrent partiellement à Toussus-le-Noble et à Buc.

En 1915, le site se trouva militarisé après réquisition des lieux par le gouvernement français pour y installer une école pour l’armée belge. Des pilotes britanniques et américains y firent aussi leurs premiers vols. La France récupéra les installations en juin 1917 : l’école militaire belge fut transférée à Viry-Châtillon (Port-Aviation ; premier aéroport au monde) à partir du 1er avril 1918. Quant aux troupes américaines, elles construisirent le centre d’entraînement de Paray-Vieille-Poste-Orly, toujours en 1918.

L’école Blériot, était localisée à 6 kilomètres au sud est d’Etampes, sur la route nationale d’Orléans (RN 20), l’école Farman, en face de l’école Blériot, l’école Deperdussin, à 3 kilomètres à l’ouest, sur la route de Rambouillet.

Edition de 1913-1914

Plan des installations en 1914.

Le camp bénéficiait d’un cachet propre : VILLESAUVAGE AVIATION / SEINE ET OISE

30 septembre 1922  pour Bouray (Seine et Oise), arrivée verso le 1er octobre

villesauvage 1922.png.jpg

lettre simple affranchie à 25 c avec vignette Guynemer

En mai 1920, l’Administration des Postes imprima une vignette à l’effigie de Guynemer pour être apposée sur le courrier par avion de la ligne Paris-Londres afin de le distinguer du courrier normal. Cette vignette fut surchargée le 10 octobre 1920 pour le Meeting aéronautique de Buc.

Elle fut remplacée en février 1923 par l’étiquette « PAR AVION », ces étiquettes devenant obligatoires lors du congrès de l’UPU de Londres de 1929.

SP 520 et 520A avant l’armistice de 1918

Après les opérations militaires de la Somme et de Verdun de l’automne 1916, les troupes coloniales des bataillons de tirailleurs « sénégalais » (BTS), considérées par les autorités comme un « inépuisable réservoir d’hommes », furent relevées du front. Sur les 38 bataillons de tirailleurs « sénégalais », 23 avaient été engagés sur la Somme et Verdun, 15 maintenus en renfort et dont l’instruction restait à compléter. Ces bataillons s’acheminèrent vers des camps d’« hivernage » du Sud de la France et d’Algérie : 6000 hommes rejoignirent l’Algérie, 17000 le camp de Saint Raphaël – Fréjus, 16000 le camp du Courneau, en Gironde, à la Teste de Buch, non loin d’Arcachon.

Réorganisées au printemps 1917, les troupes coloniales furent employées dans l’offensive Nivelle d’avril 1917 du Chemin des Dames (avril mai 1917) à l’exception des 20ème, 26ème, 30ème, 47ème et 49ème BTS qui quittèrent le camp du Courneau et l’Algérie pour aller renforcer les effectifs de l’Armée d’Orient présents en Grèce. Ils s’embarquèrent pour Salamine, pour Corfou. Le 49ème BTS débarqua à Itea puis rejoignit Salonique.

Les éléments des ces BTS furent incorporés dans les unités déjà sur place mais les archives sont souvent lacunaires et on ne connaît pas bien leur utilisation à partir de Salonique. En revanche, on sait que ces troupes ne furent rapatriées qu’après l’armistice, à la demande du général Franchet d’Espérey :

Télégramme.

De Salonique, le 31 octobre 1918.

Général Franchet d’Esperey à ministre Guerre, Paris.

Comme suite à prescriptions dépêche ministérielle i8oo3 1/11 du 19 août 1918, je vous demande autorisation commencer rapatriement des 5 bataillons tirailleurs sénégalais ayant dépassé 18 mois de séjour Orient soit : les 20e, 26e, 3oe, 47e, et 49e.

Ces cinq BTS relevés du front d’Orient rentrèrent via l’Italie durant le mois de décembre 1918. Les 20e, 26e et 49e BTS se rendirent à Fréjus, tandis que les 30e et 47e BTS stationnèrent dans la région de Grasse.

Secteur Postal 520 et 520 A

Le secteur postal 520 fut attribué au 49ème BTS à Salonique, puis, à partir de novembre 1918, il suivit la progression de l’Armée d’Orient en Serbie (Novi Sad) et l’Armée du Danube en Hongrie (Szeged) puis en Roumanie (Timisoara, Arad).

Cachet du secteur postal 520 ; 49ème BTS.
SP 520A, 12 janvier 1918, contrôle militaire 4 pour Vevey (Suisse)

Sources

Bastien DEZ ; Dans la « Guerre des Toubabs » : les tirailleurs « sénégalais » en 1917 ; consultable en ligne

Les armées françaises dans la Grande guerre. Tome VIII. 8,3,ANNEXES3 / Ministère de la guerre, état-major de l’armée, service historique http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62796845/texteBrut

Général Bernachot, Les armées françaises en Orient après l’armistice de 1918, Imprimerie nationale, 1970.

Contrôle italien en Libye en 1917

L’Italie commença la conquête de Tripolitaine et de la Cyrénaïque le 4 octobre 1911, envoyant à Tripoli contre l’Empire ottoman 1 732 marins au commandement du capitaine Umberto Cagni. Cette conquête fut confirmée par le traité de Lausanne du 18 octobre 1912 qui mit fin à la guerre italo-turque et cèdait à l’Italie les provinces de la Tripolitaine, de la Cyrénaïque et du Dodécanèse. Toutefois, seule la Tripolitaine fut effectivement contrôlée par l’armée italienne.
censure tripoli

 

A la fin de la guerre, tout comme le territoire de la péninsule, les territoires sous autorité italienne connaissaient des commissions de censure. A Tripoli, la commission apposait alors un timbre rouge « TRIPOLI, VISTO DEL CENSORE »

3 mars 1918, de Marseille à Tripoli, contrôle militaire de Tripoli,
cachet rouge « TRIPOLI / VISTO DEL / CENSORE »

Corps Expéditionnaire Français aux Dardanelles

C.E.O. aux Dardanelles du 22 février au 4 octobre 1915

La bataille des Dardanelles, également appelée bataille de Gallipoli, opposa les troupes de l’Empire Ottoman aux corps expéditionnaires anglais et français dans la péninsule de Gallipoli, dans l’actuelle Turquie du 25 avril 1915 au 9 janvier 1916.

Cette péninsule s’étend au nord du détroit des Dardanelles et pour les français et les anglais il était indispensable qu’elle fût sous le contrôle allié afin d’empêcher un étouffement de la Russie. Une première tentative navale pour forcer le détroit prit place le 18 mars 1915 mais échoua sur les mines. Il fut alors décider d’une attaque terrestre vers les batteries ottomanes. Bien vite les deux armées connurent de graves revers. Fin 1915, les anglais et les français décidèrent de se replier vers le front de Salonique, au nord de la Grèce : l’impréparation alliée et la résistance ottomane rendaient l’action du corps expéditionnaire aléatoire et les alliés avaient, en outre, besoin de renforts pour contrer l’entrée en guerre de la Bulgarie dans les Balkans. Cette bataille est restée comme un sérieux revers pour les Alliés et l’un des plus grands succès ottomans durant le conflit.

Secteur Postal 194 à Alexandrie puis Gallipoli

Le Corps Expéditionnaire d’Orient reçut un secteur postal, numéro 194 qui servit à Alexandrie de la fin mars au 16 avril 1915 puis à Gallipoli (Dardanelles) du 16 avril au 2 octobre 1915.

Lettre recommandée du 12 mai 1915, secteur postal 194, pour Castelnavet (Gers)
Timbre à date « TRESOR ET POSTES » avec double cercle (23/12 mm)