Chemin de fer du Hedjaz

Naissance d’un chemin de fer pour le Hedjaz

On connaît depuis un moment déjà l’existence de timbres qui auraient été créés pour la perception d’un impôt sur le chemin de fer du Hedjaz en 1924. Mais le Hedjaz fut aussi un royaume, rattaché au sultanat du Nedjed à partir de 1925, donna l’Arabie Saoudite en 1932.

hedjaz 2

Timbre du Royaume, 1924-1925

On connaît aussi le timbre ci dessous lequel n’a finalement pas grand chose à voir :

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Toutefois si la vignette est connue, son origine, son usage, sont très peu clairs pour beaucoup.

Naissance du chemin de fer

Le chemin de fer du Hedjaz est une ligne à voie étroite (écartement de 1 066 mm) qui reliait Damas en Syrie à Médine, c’est à dire le cœur de l’Empire aux villes Saintes, en traversant le Hedjaz, région du nord-ouest de l’actuelle Arabie saoudite sur l’ordre du sultan Abdul Hamid II et témoignait ainsi d’une politique pro-arabe des ottomans. Il avait été financé par une souscription afin de faciliter le pèlerinage à la Mecque, et appartenait ainsi au califat.

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Cette voie ferrée, construite de 1900 à 1908, fut inaugurée le 01/09/1908 jour anniversaire de l’accession au trône du sultan. Malheureusement, pour respecter impérativement cette date, il fallut faire au plus vite et des tronçons de voie furent posés directement sur des remblais dans le lit de certains oueds, ce qui rendit l’entretien ensuite particulièrement difficile.

C’est cette même voie que Lawrence pour les britanniques ou Brémond à la tête d’un nombre restreint de combattants du détachement français de Palestine-Syrie avaient réussi à saboter en 1917-1919.

Après la guerre et la défaite de l’Empire Ottoman, le chemin de fer du Hedjaz ne fut jamais remis en exploitation au sud de la frontière entre la Jordanie et l’Arabie saoudite.

Affirmation puis disparition du royaume du Hedjaz

Dès 1916, les français et les anglais avaient convenu de partager l’Empire Ottoman en zones d’influences (Accord Sykes Picot) et avaient promis la création d’un grand royaume arabe. Le 27 juin 1916, Hussein proclama un état arabe, et, finalement, se proclama roi du Hedjaz. Après la Première Guerre mondiale, les Arabes se sont retrouvés libérés certes de siècles de domination du sultanat ottoman, mais sous la domination coloniale de la France et du Royaume-Uni. A la France, le contrôle de la Cilicie, de la Syrie et du Grand-Liban. Aux Anglais, celui de la Palestine, de la Transjordanie et de l’Irak. A la fin de ces mandats, Faysal, le fils d’Hussein, se proclama souverain de Jordanie, de Syrie et d’Irak. Cependant, la monarchie fut de courte durée et Faysal ne reçut que l’Irak.

Hussein lui-même, chérif de la Mecque s’était proclamé roi du Hedjaz, puis de tous les Arabes (Malik al-bilad al-Arabiyyah). Pour autant, les anglais ne reconnurent Hussein que comme roi du Hedjaz et non d’Arabie afin de ne pas provoquer de tension avec Ibn Saoud, qui était alors le puissant émir du Nedjed, province centrale de la péninsule arabique et dont Riyad était la capitale. En 1920, Ibn Saoud se lança à la conquête du sud du Hedjaz, puis en 1921, du Shammar (nord du pays, jusqu’à l’Irak).

Cette situation dura jusqu’en 1924 et l’abolition du califat turc. En effet, deux jours après que le califat a été aboli, le 3 Mars 1924, Hussein se proclama calife, sans doute pour mettre les anglais devant le fait accompli. Ce qui provoqua l’attaque d’Ibn Saoud sur le Hedjaz. Le 4 octobre, Hussein abdiqua en faveur de son autre fils Ali, mais en vain : le Hedjaz a été rattaché au Sultanat du Nedjed en 1925, l’ensemble de ces territoires étant devenu l’Arabie saoudite en 1932.

En 1925, les postes du Sultanat surchargèrent leur griffe sur tous les timbres abandonnés par l’administration du Hedjaz : des fiscaux, des timbres pour effets de commerce et quittances, pour le chemin de fer du Hedjaz, et même des timbres turcs oubliés, ce qui dans un autre domaine philatélique constitue, aujourd’hui encore, un trésor pour la collection d’Arabie Saoudite.

De quel Hedjaz parle-t-on ?

Le chemin de fer a continué d’être exploité vers le Nord, Damas et Alep notamment. Or c’est de l’exploitation de cette ligne que vient le surcharge qui nous intéresse et non du Royaume du Hedjaz et il ne s’agirait pas de confondre les deux entités, un territoire d’une part, un chemin de fer d’autre part, dont l’administration est passée sous tutelle française à la fin de la guerre.

Naissance d’un timbre fiscal

Un timbre de recouvrement méconnu

La surcharge G. L. (Grand Liban) HEDJAZ PS (piastre) 1 ou 2, aurait été créée pour la perception d’un impôt sur les chemins de fer du Hedjaz dans le cadre du règlement de l’affaire de la dette ottomane au moment du traité de Lausanne de 1923. La question qui était alors posée par et aux États nés de la dislocation de l’Empire était de savoir à qui appartenait le chemin de fer du Hedjaz et comment devaient en être répartis les revenus. Si la France et le Royaume uni, dans un arbitrage de la SDN ont bien accepté l’idée que le chemin de fer avait été construit grâce à l’argent de la souscription des pèlerins pour la Mecque, ces puissances mandataires n’étaient pas forcément d’accord sur les revenus dégagés ; il s’agissait pour elles de sortir les revenus du chemin de fer des comptes de l’Empire afin de mieux calculer la dette de celui-ci.

C’est sans doute afin d’estimer et de recouvrer les taxes du chemin de fer sans les mêler aux autres comptes que l’administration mandataire française a décidé de l’usage de timbres de taxation qui visaient à recouvrer une redevance pour service rendu, comme les timbres de Journaux, timbres de Radiodiffusion, ou bien encore les timbres de transport, justement.

La surcharge est répertoriée par Storch & Françon comme non postale, il s’agirait plutôt d’une fantaisie de collectionneur. (TP au type semeuse camée de 1907, tome II p.398). Pour autant, Jean Bernard Parenti dans une présentation de la pièce du mois de l’académie de philatélie, infirme cette idée de fantaisie.

Quittance à 20 piastres

mois-2011-09-par

(http://www.academiedephilatelie.fr/mainpiece.html, 3 septembre 2011).

Fabrication du timbre

Il faut se souvenir que les autorités avaient confiés les travaux de surcharge des timbres destinés aux territoires dont ils avaient la charge à l’imprimerie Gédéon à Beyrouth en 1920, puis à celle du Haut – Commissariat en 1921 et 1922 enfin à celle des pères Capucins, toujours à Beyrouth à partir de 1923 seulement. On peut formuler l’hypothèse assez forte que les timbres ont été surchargés soit à partir de 1921, par le Haut Commissariat, soit, et c’est sans doute plus probable en 1923-1924 par les pères Capucins de Beyrouth. Par ailleurs la présence des lettres GL pour Grand Liban correspond bien au mandat datant officiellement du 29 septembre 1923.

Il existe deux valeurs, toutes deux ayant été effectuées sur les timbres au type 1A à partir des planches de 150.

Bloc de quatre avec millésime 0 (1920) surchargé en noir, GL/HEDJAZ/P.S.2.

hedjaz millésime 0.png

 

Timbre surchargé 1 piastre  : G.L. HEDJAZ P.S. 1
Hedjaz paire GLPS 1.png

Les lettres G et L sont grandes, élancées, la surcharge mesure 13 mm de hauteur.

Timbre surchargé 2 piastres  : G.L. HEDJAZ P.S. 2

hedjaz X3 2:2 Les lettres sont plus petites, plus épaisses, la surcharge mesure 13 ½ mm de hauteur.

Si sur ces exemplaires, G et L sont identiques, de même que P et S et la valeur (1 ou 2), il semble bien que le mot HEDJAZ ait été imprimé différemment ou que l’on ait utilisé une forme de surcharge vide dans laquelle on pouvait mettre le terme du recouvrement (ici Hedjaz).

Par ailleurs, pour la valeur à 2 piastres, le mot HEDJAZ apparaît fin ou empâté comme le montrent ces exemplaires :

ImageEn ce sens, le mot HEDJAZ sur premier exemplaire (identique à ceux de la bande de trois) apparaît fin et semblable à la surcharge de valeur 1, le second étant empâté. Nous sommes là probablement en présence de deux tirages, l’un avec les deux valeurs, l’autre la seconde uniquement.

Variétés

Deux exemplaires sont connus avec l’erreur « LL » au lieu de « GL »

Hors collection : vus sur sites de ventes aux enchères

GL :LL

Par comparaison de ce timbre avec variété, on voit nettement que cela correspond à la surcharge décalée vers la droite que nous avions plus haut. On voit aussi que le 2 est cassé, que le premier L et le second ne sont pas identiques, ni sur l’un ni sur l’autre.

On peut  rapprocher cette surcharge d’autres surcharges sur timbres fiscaux au Grand Liban :

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Y compris spécifiquement pour le chemin de fer du Hedjaz :

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Les Usages

Utilisation fiscale avec des timbres ottomans surchargés

Hors collection : reçu de justice

GL hedjaz sur lettrevu sur http://www.semeuse.com

Hors collection : reçu des douanes à 6 piastres
Hedjazz : LSI X4

vu sur http://www.semeuse.com

Hors collection : reçu des douanes à 3 piastres,
vu sur sites de ventes aux enchères en 2012

Hedjaz

Utilisation seule, comme timbre du Liban

L’usage qui en a été fait montre que le timbre a connu une démarche inverse par défiscalisation d’un timbre poste préalablement fiscalisé afin qu’il serve de nouveau comme timbre poste.

Hors collection : carte de Bikfaya, 11 août 1924, vue sur site de vente aux enchères

Hedjaz sur CPE Liban

Bibliographie

Sur l’histoire de la fondation de Hedjaz

Teiltebaum, Joshua, The Rise and Fall of the Hashimite Kingdom of Arabia, 2001 ; pp 242-244

Sur la dette publique ottomane

http://legal.un.org/riaa/cases/vol_I/529-614.pdf.

Sur le chemin de fer du Hedjaz

Sur les aspects philatéliques

Storch & Françon ;TP au type semeuse camée de 1907, tome II

Je remercie monsieur Yves Coton pour sa contribution à la tentative d’identification. Il émet l’hypothèse (lui même reste prudent) que ce timbre aurait été surchargé en 1921 à l’initiative des Services Consulaires Français du Hedjaz et qu’a priori, il aurait servi sur les objets remis aux français via le consulat, peu abondants à l’époque, pour être acheminés par chemin de fer vers Alep et Damas […]. Cette taxe évoquée ici, n’étant en rien incompatible avec ce que nous savons, pouvait très bien relever d’une taxe pour le port (usage postal), ou d’un taxe pour le service (usage fiscal).

http://www.timbresmag.com/2015/06/05/les-tres-riches-heures-de-lalbum-darabie/
http://www.auspostalhistory.com/articles/65.shtml
http://www.aramcoworld.com/issue/197905/stamps.and.the.history.of.the.hijaz.htm

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