Présence française en Albanie, 1916 – 1920 (Korytza – Pogradec)

La République de Korytsa, (Korça, Kortcha ou Korytza, voire Koritza) est une région autonome mise en place par la France dans le district de l’actuelle Korçë, dans le sud de l’Albanie, durant la Première Guerre mondiale.

Création de la République de Korytsa

L’offensive décisive sur le front d’Orient de septembre 1918 ne fut pas que le fruit d’une œuvre militaire. Elle fut aussi le résultat d’un travail politique de près de deux ans qui mena à l’occupation de Corfou avec reconstitution de l’armée Serbe, à la création du camp de Salonique, véritable centre décisionnel de la Grèce d’alors et à la création d’une éphémère république de Korytza.

Dans la partie sud-est de l’Albanie, la ville de Korça (les Français utilisaient le nom grec de Korytza) était occupée par les Grecs qui exerçaient l’administration depuis octobre 1914. Or cette zone n’était pas convoitée par les Serbes comme pouvait l’être le nord mais par les italiens qui étaient déjà maîtres du sud-ouest de l’Albanie, et cherchaient à s’accaparer le sud-est. Par ailleurs, la Grèce n’étant alors pas en guerre hésitait entre une politique germanophile menée par le roi Constantin et une alliance avec l’Entente, représentée par l’ancien premier ministre Venizelos.

Le général Sarrail qui dirigeait l’Armée d’Orient ne voulait pas que la politique des puissances régionales interfère avec la logique militaire. À l’automne 1916, il « s’inquiéta de ce qui constituait son flanc gauche, qui ne formait pas véritablement un front, mais où des troubles opposaient les venizélistes à des bandes et à une grande partie de la population de Korçë et de ses environs » (Augris op cit). Voulant préparer l’action dans la zone de Monastir située 100 km de Korça, il avait aussi besoin de contrôler cette zone. En y envoyant un détachement français, il ôtait aux royalistes grecs un contact avec les puissances centrales, aux autres grecs un terrain de propagande, aux italiens, enfin, la possibilité d’établir leur pouvoir durablement sur toute la région.

Carte : Région de Korçë.

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En rose, le territoire de la République, dont au nord, le territoire de Pogradec. Les trois seuls bureaux de poste existants à l’époque sont indiqués en jaune. Les flèches tiretées vertes montrent les manœuvres militaires vers l’objectif de Monastir.

A cette fin, il dépêcha le colonel Descoins. Celui-ci dirigeait la mission française, composée d’un bataillon du 242e d’infanterie, remplacé à la fin de décembre par le 13e bataillon territorial d’infanterie, du 2e bataillon de marche indochinois ; de deux escadrons de chasseurs d’Afrique ; d’une section d’artillerie. Il arriva à Korça le 21 novembre 1916. Se référant à ses seuls ordres militaires, il crut avoir les mains libres et pensa alors établir une « administration indigène sous le contrôle français » (Descoins, Rapport sur la situation de Korytza du 23 novembre 1916). Il s’appuya pour cela sur un « Conseil d’Administration » qu’il mit en place sous son autorité militaire (Augris, op cit). Ce conseil fonctionnait en employant des fonctionnaires civils grecs favorables à l’Entente puis des fonctionnaires civils albanais (Popescu, op cit).

Une république de fait vit le jour à Korytza du 15 mars au 1er décembre 1917. Les français présents sur place installèrent une administration complète répondant à la demande locale : l’autorité militaire pouvait seule nommer les fonctionnaires des services publics ; les forces de police et la gendarmerie mobile albanaise, chargées de maintenir l’ordre intérieur, étant placées sous l’autorité du commandant militaire français. En mars, la jeune République procéda à l’installation de douanes à ses frontières, puis à la nomination de laïcs à la direction des affaires religieuses. Des règlements divers furent adoptés : impôts sur le revenu, impôts sur le timbre, règlement judiciaire, nouvelle monnaie, timbres-poste… Un nouveau code pénal entra en vigueur. Parallèlement à cela, l’administration militaire organisa une administration sanitaire, soignant troupes et populations, avec l’ouverture d’un hôpital. (Popescu op cit).

Mais cette République avait tout pour déplaire, aux Grecs, aux Albanais écartés du pouvoir, aux Italiens. Mieux, s’inspirant de ce que les Français avaient fait en Albanie du sud-est, les Autrichiens proclamèrent en janvier 1917 l’autonomie de l’Albanie dans le giron de l’Empire, les Italiens annonçant, eux, l’indépendance totale sous le contrôle italien, en juin 1917. Le 1er décembre 1917, le commandement militaire transforma la République en « Kaza (province) autonome de Kortcha ».

En février 1918, la zone devint un territoire militaire français et le 1er mars 1918, ce territoire contrôlé par les Français s’agrandit encore, en incluant le territoire de Pogradec. C’est de là (les « Confins Albanais ») qu’est partie en septembre 1918 l’offensive victorieuse. Jusqu’au 22 mai 1920 ce territoire resta sous cette forme administrative avant d’être confié aux autorités albanaises, les Français quittant définitivement la région le 15 juin 1920 (Pospecu, op cit).

La poste dans le territoire

Timbres albanais

Les timbres d’Autriche-Hongrie, du Levant Italien, de la Turquie et même de l’Épire furent un temps en circulation en Albanie. Dans la zone de présence française, toutefois, les courriers furent affranchis avec des timbres albanais, puis avec les figurines de la République de Korytza (cf émission ci dessous).

954_001Émission de la République autonome de Korytza

Usage postal de timbres français

Des timbres français, au type « semeuse » ont aussi été utilisés. Cela concerne les 5c, 10c, 25c semeuses camées et le 15c semeuse lignée.

Pendant la cette période d’occupation française (3 ans et 6 mois), outre la poste militaire (secteur postal 508, presque exclusivement en franchise) trois bureaux de poste étaient en activité, à Korytsa, Bilisht et Pogradec. Les courriers de Korytsa sont rares, un seul courrier de Bilisht est parvenu jusqu’à nous et de Pogradec nous ne connaissons que 2 ou 3 lettres et ce fragment, seul au tarif de la lettre en 1920 : 25c.

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Fragment de lettre de Pogradec, affranchissement à 25c
Poste militaire

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Lettre au tarif international de Korytza, pour Athènes – cachet de vaguemestre d’étape du 24 mai 1920

vue en vente : https://www.delcampe.net/en_GB/collectables/stamps/france-1906-38-sower-cameo/25c-semeuse-sur-lettre-de-corytza-albanie-de-1920-pour-athenes-197504708.html

Usage postal de timbres français : affranchissements philatéliques

Les affranchissements philatéliques sont plus nombreux. Tous émanent de Korytza.

Date du 21 avril 1920 : souvenirs (pas d’adresse), l’administration est encore française

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Date du 25 mai 1920 : lettres pour Zotit (monsieur) Dhori Kotit à Korçë

Ces derniers sont les plus nombreux, malheureusement oblitérés trois jours après la fin de l’administration française et sans aucune correspondance avec les tarifs postaux.

Toutes les lettres philatéliques ci dessous sont issues de ventes entre les années 2010 et 2016. Nous en avons vu une dizaine tout au plus.

 Affranchissements à 15c 

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Affranchissement composé (lettre philatélique) :
5c +10c Semeuse, lettre pour Korytza, 25 mai 1920

vue sur http://www.worthpoint.com/worthopedia/albania-1920-french-occupation-98798539

 Affranchissements à 40c
korytza recommandee.jpgPogradec : Bureau de poste ouvert aux civils

Affranchissement composé (lettre philatélique) :
5c +10c +25c Semeuse, lettre recommandée pour Korytza, 25 mai 1920

vue en vente : http://www.stampcircuit.com/stamp-Auction/collectio-alexandre-galinos/4328184/lot-3424-france-levant-and-colonies-france

Monsieur Dhori Kotit était imprimeur, installé à Korça depuis 1908, imprimeur depuis 1911. Il fut également journaliste et publia notamment en 1922 une gazette américaine d’Albanie. Il va sans dire que ces documents restent peu communs.

Sources

Revue d’Histoire moderne, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56209730/f65.image.r=Les Français et la République de Kortcha

Popescu Stefan, « Les Français et la République de Kortcha. (1916-1920)», Guerres mondiales et conflits contemporains 1/2004 (n° 213) , p. 77-87
URL : http://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2004-1-page-77.htm.

Etienne Augris, « Korçë dans la Grande Guerre », Balkanologie [En ligne], Vol. IV, n° 2 | décembre 2000, mis en ligne le 20 juillet 2011, consulté le 01 novembre 2016. URL : http://balkanologie.revues.org/315

https://en.wikipedia.org/wiki/Autonomous_Albanian_Republic_of_Korce

Route peu commune vers Xanthie (Grèce)

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Le trajet normal entre Reims (et donc la France) et Xanthie, en Thrace, empruntait la route maritime via Salonique. Pourtant cette carte postale a voyagé curieusement et dans le temps et dans l’espace comme en témoignent les cachets.

Postée à Reims le 5 juin 1922, affranchie normalement à 30c, port composé ici du 25c bleu et du 5c jaune, cette carte a été envoyée à Xanthie (Thrace) où elle est arrivée le 3 – cachet : ΞΑΝΘΗ ΑΦΙΞΙΣ 3.ΙΟΥΝ.1922 ! Qu’on ne s’y trompe pas. la Grèce connaissait simplement encore à cette époque le calendrier julien et ne passa au calendrier grégorien qu’en 1924. Ainsi, le 9 mars 1924 fut suivi par le 23 mars 1924. La carte a donc mis 12 jours pour faire le trajet, tout en étant arrivée le 3 juin alors qu’elle fut postée le 5.

Mais ce n’est pas le plus curieux, loin s’en faut. En fait tout l’intérêt de cette carte réside dans le trajet emprunté. En effet, notre carte est passée par Edirne (aujourd’hui en Turquie, anciennement, Adrianoupolis ou Andrinople) comme en témoigne le cachet ΑΔΡΙΑΝΟΥΠΟΛΙΣ ΑΠΟΣΤΟΛΗ 2.ΙΟΥΝ.22. et fut donc envoyée par chemin de fer, en suivant la ligne Edirne/Karaagatch puis la vallée à travers la Thrace jusqu’à destination et non par bateau jusqu’à Salonique.

L’origine de cette route est quant à elle impossible à établir…

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Chemin de fer du Hedjaz

Après de nouvelles informations et découvertes, nous proposons une nouvelle page sur le chemin de fer du Hedjaz et les timbres surchargés qui s’y rapportent. Elle est consultable en suivant ce lien : https://semeuse25cbleu.net/usages-non-postaux-2/chemin-de-fer-du-hedjaz/

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SP 524 : une trace de la présence française à Sofia, Bulgarie, en 1922

Après l’armistice du 23 septembre 1918 avec les Bulgares, puis un peu plus tard avec  les ottomans et les hongrois, les armées françaises ont été déployées de la Croatie à l’Asie mineure, via la Hongrie, la Bulgarie, la Turquie d’Europe. Après le conflit, des instances interalliées ont été créées pour s’efforcer d’organiser la paix, à la suite de la Conférence de la pays de Paris. Un Comité militaire allié de Versailles (CMAV) organisa alors des Commissions militaires interalliées de contrôle (C.M.I.C.), envoyées dans tous les pays vaincus, en vertu de l’article 203 du traité de Versailles, pour veiller à l’application des clauses militaires des cinq traités de la Paix :

  • celui de Versailles avec l’Allemagne (28 juin 1919)
  • de Saint-Germain-en-Laye avec l’Autriche (10 septembre 1919)
  • de Neuilly avec la Bulgarie (27 novembre 1919)
  • de Trianon avec la Hongrie (4 juin 1920)
  • de Sèvres avec l’Empire ottoman (20 août 1920)

Ces CMIC fonctionnèrent jusqu’au 28 février 1927 pour l’Allemagne, jusqu’au 31 mars 1927 pour la Hongrie, jusqu’au 1er juin 1927 pour la Bulgarie. La révision des traités concernant l’Empire Ottoman et la naissance de la Turquie avait donné un statut particulier à la commission chargée d’appliquer le traité de Sèvres.

Parallèlement à cela, des troupes restèrent présentes dans les territoires concernés, jusqu’en 1923 pour Constantinople et Smyrne (le bureau est de Smyrne fonctionna entre juin 1920 et le 1er mai 1923 en tant que secteur postal Trésor et Postes 528, ouvert aux civils. Après le 1er mai 1923 et jusqu’à la fermeture du bureau les timbres furent annulés par une griffe « Postes françaises à SMYRNE ».).

Ailleurs, suivant les troupes, de nouveaux secteurs postaux avaient vu le jour. Pour autant, certains furent repris à l’ancienne série des 500.

Carte postale 1 er avril 1922, tarif UPU 30 c cachet du SP 524 à Sofia.

524 sofia

Ainsi, le SP 513 A correspondait il à la division d’infanterie coloniale en place en Bulgarie. Le SP 524 était à Sofia même. Le SP 520 correspondait à la base de Temeswar (Timsoara aujourd’hui), alors que le 520 B était à Arad, toujours en Roumanie. Plus connu, le 528 était à Smyrne (Turquie), alors que le 528 A était à Constantza (Roumanie). Pour finir, le 530 correspondait à Makri-keuy (Makrikoy – périphérie ouest d’Istanbul et le 530 B à Hadim-keuy (Hadimköy aujourd’hui, nord ouest d’Istanbul).

La brève existence du secteur postal de Constantinople 509 A

L’Occupation de Constantinople (12 novembre 1918 23 septembre 1923) correspondit à l’occupation de la capitale de l’Empire Ottoman par les forces britanniques, françaises et italienes, conformément à l’Armistice de Moudros, qui mit fin à la participation ottomane à la Première Guerre mondiale. Les premiers soldats Français entrèrent dans la ville le 12 novembre 1918, suivis par les troupes britanniques le lendemain. Les troupes italiennes débarquèrent à Galata le 7 février 1919.

On peut diviser cette occupation en deux temps : l’occupation initiale qui s’est déroulée conformément à l’Armistice du 12 novembre 1918 au 16 mars 1920 ; puis, à partir du 16 mars 1920, en conformité avec le traité de Sèvres. Le traité de Lausanne, signé le 24 juillet 1923, mit un terme à cette occupation. Les dernières troupes alliées quittèrent la ville le 23 septembre 1923. Les premières troupes turques y entrèrent le 6 octobre 1923. Les troupes alliées occupaient zones basées sur les sections de Constantinople et mirent en place une administration militaire alliée dès début de décembre 1918. Le courrier a d’abord été expédié par la poste navale, puis à partir du 6 février 1919, un bureau militaire fut entièrement dédié aux envois civils. Il s’agissait du 509 A. En mai 1919 le secteur postal 506 à Galata, attribué auparavant à Moudros (île de Lemnos) fut créé à Istanbul et vint remplacer ce 509 A. Deux autres bureaux annexes furent ouverts à Istanbul : le 16 juin 1919, un bureau 506 B à Stamboul et à partir de décembre 1921 un 506 C à Pera.

Constantinople = 509 A

Ouvert à partir du 6 février 1919, ce bureau 509A fonctionna jusqu’en mai 1919 : ce secteur postal de Constantinople n’eut donc que trois mois d’existence.

509A

Lettre recommandée du 7 mars 1919, de Constantinople pour Paris,
tarif UPU à 50c représenté par deux semeuses 25 c

 

Page complète : https://semeuse25cbleu.net/miscellanees/larmee-dorient/

Mise à jour de la page sur la naissance du service postal aérien

Mise à jour de la page sur la naissance du service postal aérien, avec notamment tous les tarifs pour l’international que l’on peut rencontrer durant la période normale d’utilisation de la semeuse 25 c, c’est à dire jusqu’en juin 1927.

Nous n’avons pas encore beaucoup de lettres à présenter, mais au moins, les tarifs étant affichés, cela permet une recherche plus rapide.

Bibliographie

Alexandre, Barbey, Brun, Desarnaud, Joany  les tarifs postaux français (1627 – 1969) ;  ed Brun et fils, 1989.

Fausses surcharges (encore)

On connait de faux timbres. De fausses surcharges. De fausses enveloppes avec de faux cachets. Parfois seul le cachet est faux, parfois seule la surcharge, parfois tout est entièrement faux.

Que faut il pour s’en apercevoir avant que de risquer quelques euros, parfois plus, pour l’achat d’un objet qui n’aurait aucune valeur ? Une vérification de date (si oblitéré), de type de timbre (si il y a eu plusieurs types), de type de surcharge (idem) une grosse loupe et beaucoup de bon sens… Car quel serait l’intérêt d’un faussaire que de déprécier le timbre qu’il falsifie? Il s’agit bien d’une escroquerie laquelle en partant d’une vignette commune, relativement, embellit la chose : surcharges déplacées, à cheval, tenant à non surchargé etc.

Parfois c’est redoutable. Parfois c’est pitoyable.

Intéressons nous (encore!) au 25 c bleu surchargé « castellorizo ». Pour la petite histoire, rappelons que le 10 août 1920, à la suite de la signature du traité de Sèvre, les iles du Dodécanèse furent placées sous administration italienne. Pour autant, le lieutenant de vaisseau en charge de l’île de Castellorizo fit réaliser une troisième émission de timbres sur un petit stock de figurines parvenues par le navire « le Provence », à bord de celui-ci.

Il s’agit de timbres de France et du Levant surchargés OF CASTELLORIZO pour Occupation Française. La surcharge est verticale et descendante sur les petits formats (Semeuses) et horizontale sur les grands formats (Merson). Le cachet ayant servi à cette surcharge fut détruit le soir même du 26 août 1920, ce qui fait de cette émission une des plus brèves de l’histoire philatélique de France, marquée par de faibles tirages : les 4 Semeuses concernées ont chacune été tirées à 500 exemplaires, les 6 Mersons à 200 exemplaires, les 5 petits formats du Levant en nombres inconnus, mais sûrement faibles eux aussi.

Voilà donc la chose, 500 exemplaires, 10 millésimes possibles… bref, une véritable rareté que la côte de 230 euros en neuf ne reflète assurément pas. Pas complètement.

Tout d’abord, notre propre exemplaire.

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Il est signé A. Brun, signature authentique, placée en bas du timbre. Le verso présente une adhérence.

Celui ci est aussi authentique :
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Il se trouve sur une lettre qu’on a déjà montrée ici, il est accompagné de deux certificats d’expertise. Et l’enveloppe est à 4000 euros (le prix baisse… jusqu’à quand?)

Et puis ce qui se vend en ce moment. En voici quatre exemples :

mJ4aVtYksa5wMjnZPy1o3WA Celui ci a déjà été signalé comme faux au vendeur. Ce n’est pas très dur à voir : la surcharge est mal orthographiée.. Ce vendeur même s’il assume la pleine responsabilité (blabla) précise cependant que l’objet n’est ni expertisé, ni signé. D’ailleurs, l’expression « Le vendeur assume l’entière responsabilité de cette annonce » est automatique et décharge simplement le site de responsabilité. Mais si la vente se fait, c’est quand même 225 euros pris à quelqu’un de crédule.

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De celui-ci on dit juste qu’il est « very fine ». Certes, il n’est vendu que 1,80 $… mais tout de même, il reste faux et là aussi une loupe ou juste une comparaison dans les catalogues avec la surcharge originale le montre immédiatement.Notons qu’à ce prix, il faut ajouter la livraison de 2,30 $. Ce qui fait 4 euros au total, perdus.

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Celui-ci le vendeur le qualifie de bel exemplaire, sans aucune autre mention. C’est l’un de mes préférés : la surcharge n’est pas authentique , le type de timbre qui supporte cette surcharge n’est pas le bon : seul le 1A a été utilisé car seul le 1A existait à cette date. Et il en coûterait à l’acheteur 35 euros.

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Dernier objet pour ce matin, si le vendeur n’avait pas précisé (en allemand et en grec) que la surcharge était fausse, il aurait sûrement eu ma préférence : outre la surcharge grossière, il est oblitéré de Paris. Ce qui est peu commun pour un timbre n’ayant été utilisé que sur une toute petite île de Méditerranée. Même annoncé faux, le vendeur en demande malgré tout 5 euros. Je ne comprends pas qui pourrait acheter cela.

Quelques liens pour finir :

Armée d’Orient… quelques courriers et images

A propos du calendrier en vigueur dans les oblitérations de l’Empire Ottoman

Origine

Sous l’Empire Ottoman, c’est le calendrier religieux musulman qui était en usage. Les jours étaient comptés au sein de chaque cycle de phase lunaire. Or parce que la durée du mois lunaire n’est pas une fraction de la durée de l’année, un calendrier purement lunaire se décale rapidement par rapport aux saisons.

En 1677, le trésorier en chef (turc : Baş defterdar, ministre des finances) Hasan Pacha du Sultan Mehmed IV proposa de corriger les dates des dossiers financiers en supprimant un an (un an d’évasion) tous les 33 ans, résultant de la différence entre le calendrier musulman lunaire et le calendrier julien solaire.

En 1740 (1152 de l’Hégire) pendant le règne du Sultan Mahmud I, mars est adopté comme le premier mois de l’exercice pour le paiement des taxes et des relations d’affaires avec des représentants du gouvernement au lieu de Mouharram après proposition du trésorier Atıf Efendi.

Moralı Osman Efendi, sous le règne du Sultan Abdul Hamid I, étendit la gamme des applications fiscales en 1794 à toutes les dépenses de l’État et tous les paiements afin d’éviter les surplus de coûts découlant de la différence de temps entre les calendriers juliens et lunaires.

C’est ce calendrier julien, utilisé à partir de 1677 d’abord pour des raisons fiscales donc, qui a été adopté le 13 mars 1840 ( 1er mars 1256 de l’Hégire), dans le cadre des réformes du Tanzimat peu après l’accession au trône du Sultan Abdülmecid I, comme le calendrier officiel  et nommé «calendrier Rumi» (littéralement «calendrier romain»). Le décompte des ans commence avec l’année 622, quand Muhammad et ses disciples ont émigré de la Mecque à Médine, cet événement marquant le début du calendrier musulman. Les mois et les jours du calendrier julien ont été utilisés, l’année commençant en mars. Cependant, en 1256 de l’Hégire la différence entre le calendrier Hijri et calendriers grégoriens avait atteint 584 ans. Avec le passage du calendrier lunaire au calendrier solaire, la différence entre le calendrier Rumi et le calendrier grégorien est restée une constante 584 ans.

Afin de faciliter la conversion, la différence de treize jours entre le calendrier Rumi et le calendrier grégorien a été éliminée en février 1917. Le calendrier julien fut abandonné le 16 février 1332 de l’Hégire, laissant la différence de 584 ans. Ainsi, le 16 février 1332 de l’Hégire (16 février 1917) devient tout à coup le 1 mars 1333 de l’Hégire (1er mars 1917).

L’année 1333 de l’Hégire (1917) a été transformée en une année de seulement dix mois, allant du 1 mars au 31 décembre. Et le 1er Janvier 1334 AH est ainsi devenu 1er janvier 1918.  Le calendrier Rumi est resté en usage jusqu’à la dissolution de l’Empire Ottoman et dans les premières années de la République de Turquie.

L’utilisation de l’ère de l’Hégire a été abandonnée dans le cadre des réformes d’Atatürk par une loi du 26 décembre 1341 de l’Hégire (1925) et a été remplacée par l’ère nouvelle de 1926.

La langue sémitique/ottomane mixte (Teşrin-i Evvel, Teşrin-i Sânî) et les noms de (Kânûn-ı Evvel et Kânûn-ı Sânî) de langue ottomane de quatre mois du calendrier Rumi repris au calendrier grégorien turc, ont été modifiés le 10 janvier 1945 pour des noms de langue turque, Ekim, Kasim, Aralık et Ocak. Le 1 mars est resté le début de l’année jusqu’en 1981.

Conversion

Pour convertir des dates entre les deux calendriers, les périodes suivantes doivent être prises en considération :

1) Correction du début de l’année

Jusqu’à la fin de 1332 du calendrier rumi (1916), on remonte les derniers 12 ou 13 jours de décembre. Il en résulte que ces jours et janvier et février font partie de l’année suivante du calendrier grégorien (1917).

Inversement, et jusqu’à la même date, les dates grégoriennes de janvier, février et le premier 12 ou 13 jours de mars 1917 font partie de l’année précédente de Rumi, à savoir 1332.

2) Avant le 13 mars 1840, il n’y a pas de conversion, puisque le calendrier Rumi n’était pas en usage.

3) Entre le 13 mars 1840 (1 mars 1256 AH) et 13 mars 1900 (29 février 1315 AH)

Ajouter 12 jours et 584 ans pour trouver la date du calendrier grégorien.

NB : 1900 n’étant pas bissextile, le lendemain du 28 février 1900 (16 février 1315 AH) a été le 1er mars 1900 (17 février 1315 AH.)

Attention, la numération des mois a toujours une valeur 2 de décalage car l’année commence en mars. Ceci va durer jusqu’au 1er janvier 1918 : mars =01, avril = 02 etc, décembre = 10, janvier = 11, février = 12

 4) Entre le 14 mars 1900 (1 mars 1316 AH) et 28 février 1917 (15 février 1332 AH)

Ajouter 13 jours et 584 ans pour trouver la date du calendrier grégorien.

5) A compter du 1er mars 1917 (1 mars 1333 AH)

Ajouter 584 ans seulement

6) A partir du 1er janvier 1918

Après le 1er janvier 1918 due à l’utilisation du calendrier grégorien dans calendrier Rumi la date reste la même, seule l’année change. La date de la Proclamation de la République de Turquie, le 29 octobre 1923 est convertie en 29 octobre 1339 AH

Mois du calendrier rumi

Calendrier rumi

Comment lire une date ?

Le mode opératoire est en fait le même que pour les chiffres européens, appelés « chiffres arabes ».

chiffres arabes

Il est à remarquer qu’en arabe les chiffres représentant la plus grande valeur dans un nombre se trouvent à gauche, et la plus petite à droite, ceci bien que l’arabe soit lu de droite à gauche. Le nombre est en fait lu, en arabe, en commençant par la plus petite valeur.
Ainsi, la date du 23-11-1905, ci dessous est elle transcrite de droite à gauche 10-09-321, soit ١٠pour 10 puis ٩ pour 11 (mais c’est le neuvième mois d’une année commençant le 1er mars), enfin,٣٢١ pour 321 (de 1321). Ce qui donne bien 584 ans et 13 jours de décalage, avec une numération des mois où 9 correspond à 11.

date arabeOn le voit aussi très bien ici : la date très bien frappée du 9-7-21  est transcrite au 9-7-37 (1921-584 = 1337)

3-7-37

Petite fabrique de faux sur Carte-Lettre de Syrie

Il y a quelques temps, sur un site généraliste de vente aux enchères en ligne, je repérais une carte-lettre de Syrie, deux en fait, les fameuses cartes surchargées 1 et 2 piastres sur 25 c bleu.

et

Voyant un prix bien faible, mon cœur ne fit qu’un tour et je m’évertuais à cliquer aussi promptement que possible pour cette enchère remarquable.

La carte lettre à  2 piastres contenait une variété (!) sans « S » à piastre : « 2 piastre », c’est possible, évidemment, mais ce n’était pas mentionné. Son prix étant déjà élevé, je me disais que de me concentrer sur la Carte-Lettre à 1 piastre serait pour cette fois bien suffisant, tout en me demandant qui pouvait bien être ce philatéliste qui se séparait de sa collection car ces deux pièces sont plutôt peu fréquentes.

Une nuit passait.

Le lendemain, je ne cessais de penser à la très bonne affaire en cours (il ne restait plus que quelques heures) lorsqu’un doute affreux s’est emparé de moi : je n’avais même pas vérifié les dates de ces cartes lettres.

Ce n’est pourtant pas très compliqué, mais la précipitation avait eu raison de moi. Bon, les dates? 101,103,104 et 105 pour le 1 piastre, 103 et 105 uniquement pour le 2 piastres.

Voyons « mon » enchère :

syrie fausse surcharge3Il n’est pas besoin de beaucoup de temps pour remarquer que la carte est datée 347. Il s’agit donc indubitablement d’un faux. En outre, comment quelque chose d’émis début 1923 pourrait il avoir été imprimé dans la 47ème semaine de 1923 (3 pour le millésime, 47 pour la semaine)? Par ailleurs cet objet semble avoir été « estimé » 5euros

Un tel faux est a priori connu, certes, mine de rien, il s’agit d’un faux.

J’envoie alors le courrier suivant :

[moi] :

Cher monsieur,

je viens de miser sur l’une de vos ventes. Pourtant juste après avoir enchéri, je me suis rendu compte que j’avais commis une erreur en observant attentivement les scans fournis et il me semble que l’objet en question n’est pas ce qu’il parait être. Plus précisément, cette surcharge ne peut exister sur une carte-lettre portant cette date. En conséquence je redoute qu’il ne s’agisse d’un faux (la lettre ne correspond pas à la date imprimée sur les lettres imprimées en Syrie). C’est pourquoi je demande, par ce message, la rétractation de mon enchère. D’avance merci.

Signature.

[réponse du vendeur] :

cher monsieur,
c’est militaire postal card issue pour Ain-Tab , Syria. s’il vous plait vois autre objet sold dans [mes autres ventes]. merci

[moi] :

cher monsieur,
je sais parfaitement de quoi il s’agit. Votre carte lettre surchargée de cette sorte doit correspondre à une date qui n’est pas celle imprimée sur la carte (on a ici 347, la date doit être 101 ou 103 ou 104 ou 105). Je pense qu’il s’agit d’un faux. C’est la raison pour laquelle je vous demande de retirer mon enchère.

Dear sir,
I perfectly know what it is. This card overprinted this way has to correspond to a date, which is not the one printed on the card (here 347, MUST BE 101 or 103 or 1014 or 105). I’m affraid it is a forgery. That’s the reason why I ask you to suppress my bid.

[vendeur]

as you like

Et la vente s’arrête là puisque mon enchère trop rapide est retirée. Encore une fois, cette date 347 est connue sur de tel cartes lettres et répertoriée comme faux. Mais je n’avais pas envie d’acheter un faux.

La vente s’arrête là, mais pas l’histoire.

Une semaine après en effet, le même vendeur met en vente une autre carte lettre. Toujours sur le 25c bleu, ce n’est plus la carte à 1 piastre, mais celle à deux piastres (sans faute cette fois!) toujours émise en Syrie :

syrie fausse surcharge 2Cette fois ci la date est bonne, la surcharge est bonne, le pointillage semble correct lui aussi. En fait tout est bon, sauf peut être la couleur. Mais il s’agit d’un scan : peut être l’image est elle mauvaise?

Je vais alors regarder les autres ventes de ce vendeur : UNIQUEMENT des timbres surchargés de Syrie ou du Grand Liban, ou des Alaouites etc : un spécialiste d’une zone et d’une histoire marquées par des milliers de faux en circulation, des oblitérations de complaisance sur courrier à l’époque et presque aucune fiche grand public pour discerner le vrai du faux la dedans !

Cette fois, là, je n’enchéris pas : au delà du fait que cet objet est beaucoup trop rare pour statistiquement se retrouver chez le même vendeur à quelques jours d’intervalle, le doute s’est installé, la confiance qui est la base de toute transaction a disparu, c’est fini.

Évidemment, certains ont cependant acheté des objets de cette nature : en lisant les commentaires des autres acheteurs, on voit qu’ils sont très satisfaits ; et en vrai, la majorité va préférer la politique de l’autruche plutôt que de faire face à la réalité : ils se sont fait avoir. Très satisfaits sauf deux qui n’hésitent pas à parler d’escroquerie.

Seul conseil : toujours, toujours être prudent et prendre son temps en philatélie.