Surcharge pour la poste aérienne en Cilicie

Surcharge pour la poste aérienne

Adana assiégée

Assiégée au début de juillet 1920 et  la ville d’Adana n’avait plus de contact que par la voie des airs : les chemins de fer et les lignes télégraphiques avaient été coupés. C’est pour maintenir le contact que l’État major français, basé à Alep, décida d’une ligne aérienne.

Afin de transporter le courrier sur avion militaire, une surcharge spéciale fut créée à la demande du colonel Brémont, qui commandait la garnison à Adana. Pour ce faire deux feuilles de 25 timbres au type Merson 5 piastres sur 40c et deux feuilles de 15c Semeuse lignée surchargée à deux piastres furent prélevées. Ces figurines seraient alors surchargées manuellement à la vente, au guichet par un cachet spécial « poste par avion ». On dit ce cachet taillé pour l’occasion dans un pied de chaise.

Surcharge Cilicie par avion.png
Deux vols transportèrent du courrier les 16 et 29 juillet 1920. Ce qui laisse envisager un nombre très restreint de plis ayant circulé : on en connait aujourd’hui que trois plis. Le siège étant levé après le 29 juillet, l’ensemble est devenu sans utilité.

Surcharge des facteurs

Facteurs x6

Toujours avides de bonnes affaires ou de collections complètes sur le marché du timbre français, des marchands et philatélistes demandèrent à posséder ces timbres. A Alep, quelques facteurs avisés fabriquèrent un faux cachet identique au premier et oblitérèrent un stock très important qui fut rapatrié en France. Or seules les deux figurines prélevées par Brémont avaient été surchargées sur lettre et au guichet. Ces timbres ne peuvent donc pas exister autrement qu’en neuf, ils sans aucune utilité postale existent donc uniquement pour les collectionneurs. Plus encore, de nombreuses figurines sur lettre ou sur fragment ont été ensuite oblitérées à Adana (et non Alep où étaient les facteurs).

Le timbre est authentique, la surcharge initiale avec valeur faciale est authentique, le cachet surchargeant (ce fameux pied de chaise) est authentique, les facteurs eux mêmes exerçaient réellement et pourtant, l’ensemble est fantaisiste : ni le bon guichet, ni la bonne date.

Fausses surcharges (encore)

On connait de faux timbres. De fausses surcharges. De fausses enveloppes avec de faux cachets. Parfois seul le cachet est faux, parfois seule la surcharge, parfois tout est entièrement faux.

Que faut il pour s’en apercevoir avant que de risquer quelques euros, parfois plus, pour l’achat d’un objet qui n’aurait aucune valeur ? Une vérification de date (si oblitéré), de type de timbre (si il y a eu plusieurs types), de type de surcharge (idem) une grosse loupe et beaucoup de bon sens… Car quel serait l’intérêt d’un faussaire que de déprécier le timbre qu’il falsifie? Il s’agit bien d’une escroquerie laquelle en partant d’une vignette commune, relativement, embellit la chose : surcharges déplacées, à cheval, tenant à non surchargé etc.

Parfois c’est redoutable. Parfois c’est pitoyable.

Intéressons nous (encore!) au 25 c bleu surchargé « castellorizo ». Pour la petite histoire, rappelons que le 10 août 1920, à la suite de la signature du traité de Sèvre, les iles du Dodécanèse furent placées sous administration italienne. Pour autant, le lieutenant de vaisseau en charge de l’île de Castellorizo fit réaliser une troisième émission de timbres sur un petit stock de figurines parvenues par le navire « le Provence », à bord de celui-ci.

Il s’agit de timbres de France et du Levant surchargés OF CASTELLORIZO pour Occupation Française. La surcharge est verticale et descendante sur les petits formats (Semeuses) et horizontale sur les grands formats (Merson). Le cachet ayant servi à cette surcharge fut détruit le soir même du 26 août 1920, ce qui fait de cette émission une des plus brèves de l’histoire philatélique de France, marquée par de faibles tirages : les 4 Semeuses concernées ont chacune été tirées à 500 exemplaires, les 6 Mersons à 200 exemplaires, les 5 petits formats du Levant en nombres inconnus, mais sûrement faibles eux aussi.

Voilà donc la chose, 500 exemplaires, 10 millésimes possibles… bref, une véritable rareté que la côte de 230 euros en neuf ne reflète assurément pas. Pas complètement.

Tout d’abord, notre propre exemplaire.

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Il est signé A. Brun, signature authentique, placée en bas du timbre. Le verso présente une adhérence.

Celui ci est aussi authentique :
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Il se trouve sur une lettre qu’on a déjà montrée ici, il est accompagné de deux certificats d’expertise. Et l’enveloppe est à 4000 euros (le prix baisse… jusqu’à quand?)

Et puis ce qui se vend en ce moment. En voici quatre exemples :

mJ4aVtYksa5wMjnZPy1o3WA Celui ci a déjà été signalé comme faux au vendeur. Ce n’est pas très dur à voir : la surcharge est mal orthographiée.. Ce vendeur même s’il assume la pleine responsabilité (blabla) précise cependant que l’objet n’est ni expertisé, ni signé. D’ailleurs, l’expression « Le vendeur assume l’entière responsabilité de cette annonce » est automatique et décharge simplement le site de responsabilité. Mais si la vente se fait, c’est quand même 225 euros pris à quelqu’un de crédule.

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De celui-ci on dit juste qu’il est « very fine ». Certes, il n’est vendu que 1,80 $… mais tout de même, il reste faux et là aussi une loupe ou juste une comparaison dans les catalogues avec la surcharge originale le montre immédiatement.Notons qu’à ce prix, il faut ajouter la livraison de 2,30 $. Ce qui fait 4 euros au total, perdus.

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Celui-ci le vendeur le qualifie de bel exemplaire, sans aucune autre mention. C’est l’un de mes préférés : la surcharge n’est pas authentique , le type de timbre qui supporte cette surcharge n’est pas le bon : seul le 1A a été utilisé car seul le 1A existait à cette date. Et il en coûterait à l’acheteur 35 euros.

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Dernier objet pour ce matin, si le vendeur n’avait pas précisé (en allemand et en grec) que la surcharge était fausse, il aurait sûrement eu ma préférence : outre la surcharge grossière, il est oblitéré de Paris. Ce qui est peu commun pour un timbre n’ayant été utilisé que sur une toute petite île de Méditerranée. Même annoncé faux, le vendeur en demande malgré tout 5 euros. Je ne comprends pas qui pourrait acheter cela.

Quelques liens pour finir :

Petite fabrique de faux sur Carte-Lettre de Syrie

Il y a quelques temps, sur un site généraliste de vente aux enchères en ligne, je repérais une carte-lettre de Syrie, deux en fait, les fameuses cartes surchargées 1 et 2 piastres sur 25 c bleu.

et

Voyant un prix bien faible, mon cœur ne fit qu’un tour et je m’évertuais à cliquer aussi promptement que possible pour cette enchère remarquable.

La carte lettre à  2 piastres contenait une variété (!) sans « S » à piastre : « 2 piastre », c’est possible, évidemment, mais ce n’était pas mentionné. Son prix étant déjà élevé, je me disais que de me concentrer sur la Carte-Lettre à 1 piastre serait pour cette fois bien suffisant, tout en me demandant qui pouvait bien être ce philatéliste qui se séparait de sa collection car ces deux pièces sont plutôt peu fréquentes.

Une nuit passait.

Le lendemain, je ne cessais de penser à la très bonne affaire en cours (il ne restait plus que quelques heures) lorsqu’un doute affreux s’est emparé de moi : je n’avais même pas vérifié les dates de ces cartes lettres.

Ce n’est pourtant pas très compliqué, mais la précipitation avait eu raison de moi. Bon, les dates? 101,103,104 et 105 pour le 1 piastre, 103 et 105 uniquement pour le 2 piastres.

Voyons « mon » enchère :

syrie fausse surcharge3Il n’est pas besoin de beaucoup de temps pour remarquer que la carte est datée 347. Il s’agit donc indubitablement d’un faux. En outre, comment quelque chose d’émis début 1923 pourrait il avoir été imprimé dans la 47ème semaine de 1923 (3 pour le millésime, 47 pour la semaine)? Par ailleurs cet objet semble avoir été « estimé » 5euros

Un tel faux est a priori connu, certes, mine de rien, il s’agit d’un faux.

J’envoie alors le courrier suivant :

[moi] :

Cher monsieur,

je viens de miser sur l’une de vos ventes. Pourtant juste après avoir enchéri, je me suis rendu compte que j’avais commis une erreur en observant attentivement les scans fournis et il me semble que l’objet en question n’est pas ce qu’il parait être. Plus précisément, cette surcharge ne peut exister sur une carte-lettre portant cette date. En conséquence je redoute qu’il ne s’agisse d’un faux (la lettre ne correspond pas à la date imprimée sur les lettres imprimées en Syrie). C’est pourquoi je demande, par ce message, la rétractation de mon enchère. D’avance merci.

Signature.

[réponse du vendeur] :

cher monsieur,
c’est militaire postal card issue pour Ain-Tab , Syria. s’il vous plait vois autre objet sold dans [mes autres ventes]. merci

[moi] :

cher monsieur,
je sais parfaitement de quoi il s’agit. Votre carte lettre surchargée de cette sorte doit correspondre à une date qui n’est pas celle imprimée sur la carte (on a ici 347, la date doit être 101 ou 103 ou 104 ou 105). Je pense qu’il s’agit d’un faux. C’est la raison pour laquelle je vous demande de retirer mon enchère.

Dear sir,
I perfectly know what it is. This card overprinted this way has to correspond to a date, which is not the one printed on the card (here 347, MUST BE 101 or 103 or 1014 or 105). I’m affraid it is a forgery. That’s the reason why I ask you to suppress my bid.

[vendeur]

as you like

Et la vente s’arrête là puisque mon enchère trop rapide est retirée. Encore une fois, cette date 347 est connue sur de tel cartes lettres et répertoriée comme faux. Mais je n’avais pas envie d’acheter un faux.

La vente s’arrête là, mais pas l’histoire.

Une semaine après en effet, le même vendeur met en vente une autre carte lettre. Toujours sur le 25c bleu, ce n’est plus la carte à 1 piastre, mais celle à deux piastres (sans faute cette fois!) toujours émise en Syrie :

syrie fausse surcharge 2Cette fois ci la date est bonne, la surcharge est bonne, le pointillage semble correct lui aussi. En fait tout est bon, sauf peut être la couleur. Mais il s’agit d’un scan : peut être l’image est elle mauvaise?

Je vais alors regarder les autres ventes de ce vendeur : UNIQUEMENT des timbres surchargés de Syrie ou du Grand Liban, ou des Alaouites etc : un spécialiste d’une zone et d’une histoire marquées par des milliers de faux en circulation, des oblitérations de complaisance sur courrier à l’époque et presque aucune fiche grand public pour discerner le vrai du faux la dedans !

Cette fois, là, je n’enchéris pas : au delà du fait que cet objet est beaucoup trop rare pour statistiquement se retrouver chez le même vendeur à quelques jours d’intervalle, le doute s’est installé, la confiance qui est la base de toute transaction a disparu, c’est fini.

Évidemment, certains ont cependant acheté des objets de cette nature : en lisant les commentaires des autres acheteurs, on voit qu’ils sont très satisfaits ; et en vrai, la majorité va préférer la politique de l’autruche plutôt que de faire face à la réalité : ils se sont fait avoir. Très satisfaits sauf deux qui n’hésitent pas à parler d’escroquerie.

Seul conseil : toujours, toujours être prudent et prendre son temps en philatélie.