Lettre recommandée par poste aérienne pour Téhéran via Bagdad – janvier 1924

L’objet n’est pas commun.

La lettre ci dessous est partie de Paris le 10 janvier 1924, pour Téhéran. Ce courrier a transité par Bagdad le 23 janvier 1924. Il s’agit d’une lettre recommandée au tarif international, au deuxième échelon de poids, dans le tarif du 1er avril 1921.

Numériser

Lettre Recommandée bagdad 1924 Recto

La taxe initiale se décompose comme suit :

  • Lettre jusqu’à 20 gr (UPU) : 50 c
  • par 20 gr en plus : 25 c
  • taxe de recommandation : 50 c

A ceci il faut ajouter la taxe aérienne via Bagdad (depuis Le Caire)

  • Lettre jusqu’à 20 gr (UPU) : 1,25 fr
  • par 20 gr en plus : 1,25 fr

Au total on a donc bien un affranchissement à 3,75 fr… dans lequel notre semeuse ne représente finalement que le passage au deuxième échelon de poids.

Correspondance retardée par suite d’un incendie

(Mise à jour)

Décembre 1918 « correspondance retardée par suite d’un incendie »

Il semble bien qu’il y ait peu d’informations disponibles sur cette griffe apposée en violet sur le courrier à destination de la Belgique que nous avons pu retrouver. Les lignes maritimes et aériennes ne pouvant être prises en considération, il s’agit très vraisemblablement d’un incendie lié au transport terrestre. Les trois documents que nous avons montrent un courrier depuis Paris, un autre depuis Madrid, un troisième depuis Milan. Cet incident a donc pu se produire, d’une part le 21 décembre 1918, date du courrier français, ou juste après, d’autre part entre Paris et Bruxelles, et peut être même plus probablement avant ou à Charleroi, lieu de bifurcation des lignes entre Bruxelles d’une part et Liège d’autre part, sauf si le courrier passait par Bruxelles d’abord (en décembre 1918, les voies de chemin de fer étaient loin d’être toutes rétablies).

Le courrier concerné porte la marque correspondance retardée / par suite d’un incendie sur deux lignes, en violet.

Paris pour Bruxelles, tarif de la lettre pour l’étranger, 21 décembre 1918

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On a retrouvé cette griffe sur d’autres courriers, l’un en provenance de Milan pour Liège, l’autre en provenance de Madrid pour Bruxelles.

Hors collection : documents vus en vente sur site de ventes aux enchères

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voir https://semeuse25cbleu.net/miscellanees/les-voyages-interrompus/

Notons la vente Williame. Il y est fait mention d’un incendie du wagon postal, nous n’en avons pas encore retrouvé la trace.

Mise à jour de la page sur la naissance du service postal aérien

Mise à jour de la page sur la naissance du service postal aérien, avec notamment tous les tarifs pour l’international que l’on peut rencontrer durant la période normale d’utilisation de la semeuse 25 c, c’est à dire jusqu’en juin 1927.

Nous n’avons pas encore beaucoup de lettres à présenter, mais au moins, les tarifs étant affichés, cela permet une recherche plus rapide.

Bibliographie

Alexandre, Barbey, Brun, Desarnaud, Joany  les tarifs postaux français (1627 – 1969) ;  ed Brun et fils, 1989.

Fausses surcharges (encore)

On connait de faux timbres. De fausses surcharges. De fausses enveloppes avec de faux cachets. Parfois seul le cachet est faux, parfois seule la surcharge, parfois tout est entièrement faux.

Que faut il pour s’en apercevoir avant que de risquer quelques euros, parfois plus, pour l’achat d’un objet qui n’aurait aucune valeur ? Une vérification de date (si oblitéré), de type de timbre (si il y a eu plusieurs types), de type de surcharge (idem) une grosse loupe et beaucoup de bon sens… Car quel serait l’intérêt d’un faussaire que de déprécier le timbre qu’il falsifie? Il s’agit bien d’une escroquerie laquelle en partant d’une vignette commune, relativement, embellit la chose : surcharges déplacées, à cheval, tenant à non surchargé etc.

Parfois c’est redoutable. Parfois c’est pitoyable.

Intéressons nous (encore!) au 25 c bleu surchargé « castellorizo ». Pour la petite histoire, rappelons que le 10 août 1920, à la suite de la signature du traité de Sèvre, les iles du Dodécanèse furent placées sous administration italienne. Pour autant, le lieutenant de vaisseau en charge de l’île de Castellorizo fit réaliser une troisième émission de timbres sur un petit stock de figurines parvenues par le navire « le Provence », à bord de celui-ci.

Il s’agit de timbres de France et du Levant surchargés OF CASTELLORIZO pour Occupation Française. La surcharge est verticale et descendante sur les petits formats (Semeuses) et horizontale sur les grands formats (Merson). Le cachet ayant servi à cette surcharge fut détruit le soir même du 26 août 1920, ce qui fait de cette émission une des plus brèves de l’histoire philatélique de France, marquée par de faibles tirages : les 4 Semeuses concernées ont chacune été tirées à 500 exemplaires, les 6 Mersons à 200 exemplaires, les 5 petits formats du Levant en nombres inconnus, mais sûrement faibles eux aussi.

Voilà donc la chose, 500 exemplaires, 10 millésimes possibles… bref, une véritable rareté que la côte de 230 euros en neuf ne reflète assurément pas. Pas complètement.

Tout d’abord, notre propre exemplaire.

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Il est signé A. Brun, signature authentique, placée en bas du timbre. Le verso présente une adhérence.

Celui ci est aussi authentique :
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Il se trouve sur une lettre qu’on a déjà montrée ici, il est accompagné de deux certificats d’expertise. Et l’enveloppe est à 4000 euros (le prix baisse… jusqu’à quand?)

Et puis ce qui se vend en ce moment. En voici quatre exemples :

mJ4aVtYksa5wMjnZPy1o3WA Celui ci a déjà été signalé comme faux au vendeur. Ce n’est pas très dur à voir : la surcharge est mal orthographiée.. Ce vendeur même s’il assume la pleine responsabilité (blabla) précise cependant que l’objet n’est ni expertisé, ni signé. D’ailleurs, l’expression « Le vendeur assume l’entière responsabilité de cette annonce » est automatique et décharge simplement le site de responsabilité. Mais si la vente se fait, c’est quand même 225 euros pris à quelqu’un de crédule.

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De celui-ci on dit juste qu’il est « very fine ». Certes, il n’est vendu que 1,80 $… mais tout de même, il reste faux et là aussi une loupe ou juste une comparaison dans les catalogues avec la surcharge originale le montre immédiatement.Notons qu’à ce prix, il faut ajouter la livraison de 2,30 $. Ce qui fait 4 euros au total, perdus.

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Celui-ci le vendeur le qualifie de bel exemplaire, sans aucune autre mention. C’est l’un de mes préférés : la surcharge n’est pas authentique , le type de timbre qui supporte cette surcharge n’est pas le bon : seul le 1A a été utilisé car seul le 1A existait à cette date. Et il en coûterait à l’acheteur 35 euros.

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Dernier objet pour ce matin, si le vendeur n’avait pas précisé (en allemand et en grec) que la surcharge était fausse, il aurait sûrement eu ma préférence : outre la surcharge grossière, il est oblitéré de Paris. Ce qui est peu commun pour un timbre n’ayant été utilisé que sur une toute petite île de Méditerranée. Même annoncé faux, le vendeur en demande malgré tout 5 euros. Je ne comprends pas qui pourrait acheter cela.

Quelques liens pour finir :

Résidence de France

Deux ventes américaines datant déjà un peu mais dont les objets font toujours rêver…

Lettre de Kerguelen au Havre, affranchie avec un seul timbre de France 25C «Semeuse» et oblitérée par un cachet exceptionnel et unique «République Française/résidence de France/Iles Kerguelen» type II «Administrateur résident» cachet en noir, avec le cachet sur l’enveloppe du « Point Natal/Mr 1/12 » transit c.d.s. et un « Le Havre/25-3/12 » porté à l’arrivée au verso. Dessus d’enveloppe ouvert un peu brutalement ayant causé une déchirure au coin supérieur droit près du timbre, mais sans le toucher, très bel ensemble par ailleurs ; une des quelques lettres originaires des îles Kerguelen existant avec marques postales supplémentaires

Kerguelen Island cover to Le Havre, franked with a single France 25c « Sower » and tied by a single outstanding strike of « Republique Francaise/Residence de France/Iles Kerguelen » type II « Resident Administrator » cachet in black, with choice strike of « Point Natal/Mr 1/12 » transit c.d.s., and a « Le Havre/25-3/12 » arrival bkst., cover opened a bit roughly at top causing a tear at top right corner near (but missing) stamp, otherwise very fine; one of the few existing Kerguelen Island covers with additional postal markings

Kerguelen 1

Pris estimé 750$, prix de vente : 1200 $ (environ 1000 euros)

Lettre de Kerguelen au Havre, affranchie avec un seul timbre de France 25C «Semeuse» et oblitérée par un cachet unique parfait «République Française/résidence de France/Iles Kerguelen» type II «Administrateur résident» cachet violet, incroyablement douce et choix, une superbe enveloppe exceptionnellement rare, surtout dans ces conditions remarquables.

Kerguelen Island cover to Le Havre, franked with a single France 25c « Sower » and tied by a single perfect strike of « Republique Francaise/Residence de France/Iles Kerguelen » type II « Resident Administrator » cachet in violet, incredibly fresh and choice, a superb cover of exceptional rarity, particularly in this outstanding condition.

Kerguelen 2

Prix estimé : 750 $. Pris de vente 1100 $ (environ 900 euros)

On en profitera pour (re)lire cette page plutôt instructive

Croix Rouge, Dardanelles, Charles Roux & Asturias : l’aventure d’un navire hôpital

Fouinant toujours à droite et à gauche, toujours à la recherche de semeuses sur des courriers témoignant de la petite ou de la grande histoire, j’ai vu cette enveloppe :

LSE-Croix-rouge-dardanelles.png

Il s’agit d’une lettre de Paris, boulevard des Capucines pour la Suisse passée par le bureau de contrôle de Pontarlier. Sur le pli, on remarque la présence d’une vignette de bienfaisance de la Croix Rouge, intitulée « Dardanelles ».

Par ailleurs, il y a quelques temps, j’ai mis la main sur ce carnet de timbres de bienfaisance au profit de la Croix Rouge émis dans le but de financer l’affrètement d’un navire hôpital pour les blessés des Dardanelles en 1915. Le site de l’Arc en Ciel, (site de l’Association Française d’Erinnophilie) nous en donne le descriptif.

Numériser

« Carnet de 20 timbres (2 planches de 10 – 2 x 5), sous couverture RH 157 x 115, polychrome, représentant le navire-hôpital « Charles-Roux« . Le navire est peint en blanc avec une large bande verte. Les cheminées sont rouges. Texte en haut : « Croix Rouge française » (en rouge) ;  » Expédition des Dardanelles » (en noir). « Carnet de 20 timbres. Prix 1 franc » (en rouge). En bas à gauche : « Société française de Secours aux Blessés militaires » ; à droite « Siège central Paris, 21 rue François-Ier » (en noir). Cadre tricolore tout autour. A l’intérieur de la couverture, à gauche, texte en noir intitulé « Pour les blessés des Dardanelles« , appel pour la réalisation du navire-hôpital. A droite et au verso, reproduction d’un article de Pierre Loti : « Pour les grands blessés d’Orient » et extrait du « Figaro » du 13 juillet 1915. »

Jusqu’à présent, et depuis mai 1912 les carnets de la Croix rouge représentaient en couverture, soit en sépia soit en couleur un zouave blessé au bras, soigné par une infirmière dans un camp au Maroc. C’est le cas sur cette reproduction à l’occasion de la nouvelle année 1913.

hors collection : carnet 1912

carnet-couverture-zouave

Si on revient au carnet orné d’un bateau, il contient des timbres qui représentent ce même camp de la Croix Rouge au Maroc. Ce qui est loin des Dardanelles, mais on n’en voudra pas à la Croix Rouge de ce tour de passe passe pour la bonne cause.

Zouave-blesse

C’est la vignette de l’enveloppe ci dessus. Mon attention, alors s’est portée sur le bateau représenté. Pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ? Et d’ailleurs pourquoi un navire plutôt que l’habituel zouave ?

Premier navire à turbines français

Ce bateau a été le Charles Roux. Le Charles Roux fut le premier navire à turbines français, à triples hélices. Il était peint en blanc avec une large bande verte. Les cheminées étaient rouges. Construit à Saint-Nazaire, lancé le 25 septembre 1907, il a quitté ce port le 4 juin 1908 pour Marseille.

Construction du Jules Charles Roux, chantiers navals de Saint Nazaire

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Après divers réglages, après qu’on a rehaussé les cheminées et repeint la coque en noir, il prit son service sur les lignes d’Afrique du Nord entre Alger et Marseille pour la Compagnie Générale Transatlantique.

Cachet du navire, Compagnie Générale Transatlantique 8 août 1909

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La guerre lui offrit une tout autre carrière. Il fut en effet réquisitionné et, de mars à mai 1915, le « Charles Roux » fut utilisé comme transport du Corps Expéditionnaire aux Dardanelles où il devint le premier navire français à débarquer des troupes.

hors collection : le Charles Roux, non cité mais facilement reconnaissable
Charles-rous-debarquant-les-troupes

Hôpital flottant

De juillet à août 1915, il fut transformé en navire hôpital aux chantiers de Provence de Port de Bouc. Affrété par la Croix Rouge, il servit d’hôpital chirurgical flottant à Moudros, non sans qu’une collecte de fonds ait été nécessaire pour financer cette opération. D’où les fameux carnets sans doute.

Un navire hôpital s’il voulait être reconnu comme non belligérant devait se conformer à certaines dispositions de la convention de Genève en arborant de grandes croix rouges sur une coque généralement peinte en blanc. De plus, on pouvait distinguer les navires-hôpitaux civils (coque blanche ornée de croix rouges, avec une large bande rouge) et les navires hôpitaux militaires (coque blanche ornée de croix rouges, avec une large bande verte).

C’est ce que nous montre cet autre carnet de timbre au profit de la croix rouge :

Charles-roux-bande-rouge

Le passage d’une couverture de carnet à l’autre semble bien témoigner de la volonté d’afficher le statut civil ou militaire, or l’hôpital flottant à Moudros était militaire comme en témoignent les griffes de l’hôpital chirurgical flottant du C.E.O.

Griffe de l’hôpital chirurgical flottant du Corps Expéditionnaire d’Orient

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Mention écrite de l’hôpital chirurgical flottant Charles Roux
du CEO avec cachet Trésor et Postes SP 196564_001

Asturias et Charles Roux : deux navires hôpitaux dans la guerre

Pour autant ceci ne garantissait pas complètement le navire. En effet un navire-hôpital qui serait utilisé, même partiellement, dans des opérations militaires (transport de troupes, de matériel etc.) perdrait son statut de non-belligérant. C’est ce que nous rappelle l’histoire de l’Asturias.

Hors collection : carte postale colorisée de l’Asturias, vers 1912
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L’Asturias, lancé lui aussi en 1907, à Southampton, avait été réquisitionné pour le transports de blessés britanniques de France du Havre vers Southampton, dès août 1914 par la Royal Navy. En 1915, il rapatria les blessés de Méditerranée pour la campagne franco-britannique des Dardanelles et de Salonique mais aussi d’Égypte.

Hors collection : l’Asturias repeint aux couleurs
d’un navire hôpital orné de plusieurs croix rouges

Asturias repeint

Le 20 mars 1917, alors que le bateau avait débarqué à sa dernière escale d’Avonmouth en Cornouailles les blessés d’Orient et qu’il faisait route vers son port d’attache, avec à son bord les membres d’équipage et quelques médecins et infirmières, il fut touché par deux torpilles lancées par un sous marin allemand, tuant le capitaine, 1 infirmière et 12 aides soignantes. L’Asturias s’échoua finalement sur une côte du Devon où il demeura un temps avant d’être remorqué sur ordre de l’Amirauté jusqu’à Plymouth pour en faire un dépôt de munitions jusqu’à la fin de la guerre.

L’histoire n’en resta pas là. Le naufrage provoqua une vague d’indignation, à laquelle la marine allemande répondit que l’Asturias ne transportait aucun blessé au moment de la rencontre et qu’il n’était donc plus non-belligérant.

La liste des Navires hôpitaux britanniques détruits est longue : pas moins de 16 navires en principe non belligérants furent ainsi touchés, avec ou sans autorisation, faisant pas moins de 650 victimes non combattantes. C’est là, dans cette indignation, sans doute, qu’il faut chercher l’origine du projet du dessinateur de ce timbre bien connu des philatélistes.

Infirmieer-tipbre

Ce timbre de 15 centimes + 5 centimes au profit de la Croix-Rouge française est unique dans son grand format horizontal. Dans un décor théâtral, au travers d’une colonnade on distingue sur la droite de la gravure, une infirmière passant devant une ambulance (dans un lazaret non identifié) et sur la gauche un navire hôpital que l’on dit être l’Asturia (sic!).

Il a déjà été remarqué en 2011 dans Timbres magazine, qu’il ne pouvait pas s’agir de l’Asturias, mais sans pour autant identifier le navire. En effet l’Asturias n’était doté que d’une seule cheminée, ce que chacun peut vérifier aisément. Et d’ailleurs, pourquoi avoir voulu prendre l’Asturias plus qu’un autre comme modèle ? Pourquoi avoir voulu retenir un navire hors service au moment de l’émission de ce timbre ? On serait plus prudent en faisant le pari de l’allégorie du navire hôpital. Et cette allégorie, en fait, on s’en doute, est inspirée directement du Charles Roux déjà représenté sur tous les carnets au profit de la croix rouge.

Ceci donnant tout son sens aux vignettes et aux couvertures des carnets de vignettes au profit de la Croix Rouge, avant que les timbres poste eux aussi au profit de la Croix Rouge ne soient émis. Il fallait une certaine continuité.

Le Charles Roux et l’Asturias après la guerre

A partir du 4 décembre 1916, le Charles Roux fut utilisé comme croiseur auxiliaire pour l’armée d’orient jusqu’au 16 décembre 1918. En 1921, il reprit du service pour la CGT, toujours en Méditerranée, puis subit des aménagements de juillet 1929 à mars 1930 (cheminées raccourcies, turbines changées, puissance réduite). Au début de 1935, la CGT l’utilisa sur la ligne Casablanca Bordeaux, avant de l’envoyer au Havre où il devait assurer des liaisons sur la mer Baltique. Le projet toutefois n’aboutit pas et le navire fut désarmé à Dunkerque à partir de décembre 1936 et durant toute l’année 1937.

L’Asturias quant à lui fut renfloué en 1921, envoyé à Belfast où il fut transformé en 1922 et il reprit du service comme navire de croisière, en mer du Nord, en Atlantique, en Méditerranée sous le nom d’Arcadian II. Les voyages de luxe et les croisières ayant été très affectés par la crise des années 1930, l’Asturias – Arcadian II est resté à quai à Southampton de 1930 à 1933, date à laquelle il fut démoli.

Un second navire de ce nom, l’Asturias II, fut mis à flot en 1925. Il assurait la liaison avec l’Amérique du Sud. Ce navire est celui des affiches de la Royal Mail. Il fut réquisitionné à son tour pendant la Seconde Guerre mondiale et transformé en croiseur auxiliaire. Torpillé en 1943, il fut abandonné jusqu’en 1945. Renfloué, réparé à Belfast, il reprit du service dès 1946 vers l’Australie et ce jusqu’en 1952. A cette date il fut converti en transporteur de troupes jusqu’en 1957 quant il fut vendu pour être démoli.

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Certaines pièces de teck de l’Asturias II furent adaptées en mobilier de jardin par Hughes et Bolckow et on peut en voir encore beaucoup aujourd’hui en Angleterre. Toujours pour l’anecdote, avant d’être totalement démonté, l’Asturias II fut utilisé à bâbord comme décor du film A night to remember (en français : Atlantique, Latitude 41°) pour représenter le Titanic dans les scènes de vie alors que les ouvriers officiaient à tribord. Et la démolition n’a été achevée qu’une fois le tournage terminé.

CHARLES ROUX Navire hôpital (1916 – 1917)

charlesroux

Chantier :

Chantiers et Ateliers de Penhoët, Saint Nazaire
Commencé : 1906
Mis à flot : 1907
Livré : en juin 1908
Entrée en flotte : retardé pour réglages et modifications aux machines, en 1909 ligne d’Afrique du Nord. C’est le premier navire à turbines français.
En service (MN) : 04.02.1916
Retiré : 14.03.1917
Caractéristiques : 4 104 tjb ; 10 000 cv ; 3 hélices ; 116,32 x 13,9 m ; 20 nds ; 1 049 tpl

Observations :

Paquebot de la Cie Générale Transatlantique (CGT)
1914 – 1916 : transport de troupes
03.1915 – 05.1915 : utilisé comme transport de troupes puis transformé en navire-hôpital.
Sert d’hôpital flottant à Moudros mais n’est pas utilisé pour transporter des blessés.
03.1916 : rendu à la Transat et placé en réserve.
12.1916 : réquisitionné de nouveau et utilisé comme transport de troupes puis comme croiseur auxiliaire jusqu’en décembre 1918.
04.12.1916 au 14.03.1917 : réquisitionné
1916 – 1917 : navire hôpital
1917 – 1918 : transport de troupes
1919 : rayé
06.1921 : reprend son service à la Transat, après une longue remise en état.
1935 : désarmé
10.1936 : vendu pour démolition
1937 : démoli à Dunkerque


Fiscalisation

Le timbre fiscal mobile est l’une des deux formes que peut revêtir le timbre fiscal en général. L’autre étant le papier timbré. Pour moderniser les moyens de recouvrement des droits de timbre dans la seconde moitié du XIXème siècle, l’administration accepta la création de timbres fiscaux mobiles. Ceux-ci permettaient aux négociants par exemple de ne plus à avoir à se déplacer pour s’acquitter d’une taxe puisqu’ils le faisaient en utilisant des timbres préalablement achetés en nombre suffisant.

Deux grandes catégories de timbres fiscaux mobiles (par opposition au papier timbré) existent, les timbres fiscaux généraux qui servent à tout type de taxation et les timbres sectoriels qui eux servent au recouvrement d’un type de taxe bien particulier.

Ces timbres fiscaux sectoriels servent dans trois cas de figure :

  1. les timbres d’imposition (pour l’enregistrement d’un acte par exemple, sans service rendu),
  2. les timbres de taxation (qui visent à recouvrer une redevance pour service rendu cette fois, comme les Timbres de Journaux, Timbres de Radiodiffusion, ou bien encore les timbres de transport),
  3. les timbres de crédit (ce fut le cas par exemple pour payer au percepteur une partie de son salaire sous forme de timbres afin de « lisser  » le coût de la perception. Ce fut aussi le cas des timbres sociaux postaux, qui garantissaient au salarié une indemnité en cas de besoin, de maladie… sans contrepartie de l’employeur.

On se souviendra aussi que les timbres poste étaient à l’origine un cas particulier des timbres fiscaux, puisque l’argent allait à l’État, et ce quel que soit l’usage qui était fait du timbre. C’est ainsi qu’on trouve des utilisations fiscales de timbres postaux, uniquement par tolérance, l’inverse, pourtant possible, étant rarement toléré. La fiscalisation du timbre poste n’est donc pas impossible même si peu commune.

Usage sur quittance

Une « quittance » est un droit dont la perception est constatée par un timbre, fixe ou mobile, et auquel est soumis tout écrit constatant le paiement de sommes ou la remise de valeurs ou d’objets. Le timbre-quittance constitue la preuve de la libération du débiteur.

facture 1921 Pour acquit

Facture du 11 juillet 1921 avec « pour acquit » sur les timbres (fiscal 25c et postal 25c). L’entreprise qui a établi la facture a utilisé un timbre-poste au même tarif pour acquitter la taxe et obtenir ainsi la preuve de la libération du débiteur. Le 25c a donc été ici fiscalisé pour un usage non prévu initialement.

Taxe perçue pour la rédaction d’un récépissé

Un récépissé est un écrit constatant qu’un objet, une somme d’argent ou un document donné a été reçu. La loi de juillet 1865 assujettissaient les quittances de produits et revenus de toute nature, délivrées par les comptables des deniers publics à un droit de timbre pour les sommes supérieures à 10 francs. En 1871 ce droit a été fixé à 0,25 franc. La délivrance de quittance était obligatoire et le prix du timbre s’ajoutait de plein droit à la somme due. Depuis la loi du 25 juin 1920, ce droit a été augmenté suivant les taux suivants :

  • jusqu’à 10 francs : aucun droit n’est dû
  • de 10,01 francs à 100 francs : 25 centimes
  • de 100,01 à 1000 francs : 50 centimes
  • au dessus de 1000 francs : 1 franc

récépissé 1926

Récépissé, 3 avril 1926 Barbeira (Aude) attestant ici la perception d’une somme de 30,15 francs
(droit fixe à 0,25 plus droit augmenté de 0,25)

Armée d’Orient… quelques courriers et images

Enveloppe à trou … et bouquet d’anniversaire

Une curieuse habitude est née durant la vie de notre timbre : les cartes postales avec enveloppes à trou.

Ces enveloppes sont des enveloppes très classiques, à ceci près qu’elles sont trouées ! Un beau trou de 3 cm de diamètre. Ce que notre enveloppe présente au recto dans le coin supérieur droit.

Celui-ci laisse voir, évidemment, une partie du courrier contenu dans l’enveloppe. Et c’est là qu’est l’astuce : ce courrier est une carte postale.

lettre à trou

Pourquoi une telle manœuvre? Les raisons sont sans doute multiples.

Les premières tiennent sans doute aux avantages de l’enveloppe :

  • Certains souhaitaient que les cartes fussent gardées intactes pour être collectionnées (à une époque où la carte est bien souvent la seule image de l’altérité).
  • D’autres voulaient protéger certaines cartes, avec broderies, peintes à la main, bref des chefs d’œuvre d’artisanat.
  • D’autres encore souhaitaient la discrétion qu’offre la lettre fermée.

Les autres relèvent des avantages de la carte :

  • Bénéficier d’un tarif moindre parfois.
  • Avoir une plus grande possibilité d’écriture que sur un verso de carte qui porterait l’adresse.
  • Envoyer une image, une peinture, une illustration, un objet brodé… ce que n’est pas une feuille de papier mais que permet un carton de carte postale.

Dans notre cas, le coût ne semble pas avoir été la motivation première : l’ensemble est affranchi au tarif des lettres. Il faut donc y voir autre chose. En sortant la carte de l’enveloppe on voit de suite l’écriture de l’adresse au verso, avec timbre collé, le tout reproduisant ce que serait une vraie carte sans enveloppe.Sans titre En retournant la carte, on voit alors qu’il s’agit d’une carte d’anniversaire avec tissu brodé représentant un bouquet de fleurs, comme si la carte elle même était cadeau. Le texte au verso confirmant l’intérêt qu’il y avait à « protéger » ces fleurs. CArte anniversaireLes motivations sont plus claires désormais : on a voulu envoyer une carte pour un anniversaire. Cette carte exprimant les sentiments familiaux était pensée pour durer. En même temps, elle était fragile, broderie, tissu très fin et sans doute était-ce aussi le cadeau de la famille. On l’a donc protégée par une enveloppe, comme un paquet cadeau, tout en laissant le timbre et son affranchissement visibles sur la carte à une fin de collection ou de souvenir.

L’exprès pour Genève du 22 février 1921

Cette lettre de la Représentation diplomatique de la République Géorgienne à Paris est classique en apparence mais elle porte les traces d’une histoire trouble, d’une République géorgienne « coincée entre la faucille et le croissant », qui devait s’écrire dans l’urgence, mais que même un recommandé en exprès ne changea pas, comme nous allons tenter de le voir.

exprès genève

Elle est adressée à Monsieur Chavichvili, représentant de la Géorgie à la Société des Nations, à Genève, le 22 février 1921 par la représentation diplomatique de la République géorgienne à Paris, située avenue Victor Hugo. La composition de l’affranchissement est accord avec l’objet : il s’agit d’une lettre pour l’étranger, affranchie à l’aide de deux semeuses camées à 25c, l’une pour le port de la lettre, l’autre pour la taxe de recommandation à 25c. Le port en exprès à 30c est matérialisé par deux semeuses lignées à 15c, ce qui correspond parfaitement au tarif de l’époque, celui qui était en place depuis le 1er mai 1910. Le cachet du bureau de poste de l’avenue Victor Hugo s’accorde en outre totalement avec l’adresse de la Représentation diplomatique, laquelle était située au 44 de cette même avenue. Nous sommes donc bien en présence d’une lettre recommandée en exprès de Paris pour Genève et ce n’est donc pas sur ce plan qu’il faut chercher ce qui rend cette lettre remarquable. Ce qui la rend remarquable, c’est l’intervalle de temps pendant lequel elle a été postée. Car, en fait, tout ici est dans la date et on va voir que l’exprès était particulièrement souhaité, mais qu’il ne servit sans doute pas.

Mais d’abord le contexte. La Géorgie, placée sous l’autorité de la Russie depuis 1801, proclama son indépendance le 26 mai 1918, à la faveur de la Révolution russe et de l’invasion allemande. Toutefois, elle dut céder à l’Empire ottoman les territoires peuplés de minorités musulmanes. Une Assemblée constituante fut réunie en 1919 et approuva une Constitution le 22 février 1921. Or, entre temps, les Allemands avaient perdu la guerre et les autorités communistes russes avaient pris l’offensive en vue de reconquérir le Caucase.

En effet, sous la pression de Staline, d’origine géorgienne, cette indépendance fut remise en cause par Lénine le 14 février 1921 lorsqu’il donna l’ordre d’envahir la Géorgie pour soutenir les «paysans et les travailleurs révolutionnaires» dans le pays. Ce qui fut fait dès le lendemain, 15 février.

Le 21 février, en marge de la Conférence de Londres qui venait de s’ouvrir pour s’occuper des affaires allemandes et du problème oriental, un accord était trouvé entre la Turquie et la Russie soviétique. Car celle-ci ne voulait pas envahir seule ce pays : elle promit à la Turquie de lui céder deux provinces qui avaient été intégrées dans l’Empire russe après la guerre russo-turque de 1877-1878, par le traité de San Stefano afin de l’inciter, par intérêt, à s’unir à elle pour soutenir l’occupation de la Géorgie. Ainsi, pendant que les troupes géorgiennes combattaient les Russes, les Turcs envahissaient le territoire le 23 février. Tbilissi fut prise le lendemain, 24 février, par les soviétiques et la République socialiste soviétique de Géorgie fut proclamée le 25 février 1921. Toutes ces tractations ont par ailleurs été confirmées en octobre de la même année au traité de Kars. Et entre la proclamation de la Constitution et la chute du régime, il s’était donc passé trois jours.

Revenons en donc à notre lettre adressée au représentant de la Géorgie à Genève. Devait il annoncer la nouvelle Constitution ? Rechercher le soutien des puissances occidentales contre les soviets et les turcs en avertissant ces mêmes puissances de la menace qui pesait sur la Géorgie ? Annoncer l’invasion des turcs qui ne se limitaient donc pas à renégocier le traité de Sèvres à Londres mais agissaient bel et bien. Il s’est passé trois jours pendant lesquels le gouvernement géorgien a tenté, en vain, de rechercher l’appui de l’occident pour s’opposer et à la Russie soviétique et à la Turquie. Et c’est dans l’urgence de ces trois jours que fut postée notre lettre. Ce qui justifiait largement cet envoi recommandé international en exprès, mais même s’il fût averti assez tôt, le représentant géorgien ne put infléchir le cours de l’histoire.